{"id":2011,"date":"2021-04-26T12:02:33","date_gmt":"2021-04-26T09:02:33","guid":{"rendered":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/blog\/?p=2011"},"modified":"2022-03-29T20:34:34","modified_gmt":"2022-03-29T17:34:34","slug":"horizons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/etudes-philosophiques\/horizons\/","title":{"rendered":"HORIZONS"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>(In&nbsp;<em>Rue Descartes<\/em>, n\u00b0 64:&nbsp;<em>La m\u00e9tamorphose<\/em>, sous la dir. de Boyan Manchev, 2009 \/2).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vue comme la figure positive de la puissance de transformation qui met en cause les positions ontologiques, politiques et esth\u00e9tiques stables, ou comme la figure tristement c\u00e9l\u00e8bre de la pr\u00e9tendue fluidit\u00e9 omnipotente du L\u00e9viathan immat\u00e9riel de nos jours, la m\u00e9tamorphose \u2013 en pleine m\u00e9tamorphose \u2013 est devant nous, autour de nous, en nous. Elle nous interroge, nous autres philosophes, qui avons puis\u00e9 depuis toujours dans sa puissance, sans pour autant nous acquitter de notre dette envers elle, ni m\u00eame la reconna\u00eetre. Or, penser la m\u00e9tamorphose veut dire, ni plus ni moins, penser le monde : penser non pas la fameuse et redoutable&nbsp;<em>mondialisation<\/em>&nbsp;mais les conditions qui d\u00e9terminent l\u2019\u00e9mergence de sa figure obsessionnelle. Penser la m\u00e9tamorphose signifie d\u00e8s lors r\u00e9pondre \u00e0 une exigence actuelle, voire \u00e0 une urgence critique du monde dans lequel nous vivons.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un hasard si aujourd\u2019hui la m\u00e9tamorphose&nbsp;<em>insiste<\/em>&nbsp;comme m\u00e9taphore, par sa figure triviale \u2013 mythique, esth\u00e9tique \u2013, mais \u00e9galement en tant que concept pionnier des discours critiques et th\u00e9oriques, de l\u2019ontologie \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art et de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 la th\u00e9orie politique \u2013 \u00e0 la fois comme un lieu commun des discours sur le monde contemporain et comme un concept dont le potentiel analytique, l\u2019intensit\u00e9 critique et la plasticit\u00e9 novatrice restent in\u00e9dits. Le pr\u00e9sent num\u00e9ro se propose donc d\u2019aborder la m\u00e9tamorphose avant tout comme objet philosophique, tout en l\u2019utilisant comme outil conceptuel. C\u2019est sans doute un objet paradoxal : la m\u00e9tamorphose est d\u2019abord une image ou une figure, et c\u2019est bien une figure paradoxale, figure de la transgression ou de la suspension de la figure elle-m\u00eame, et par cons\u00e9quent figure d\u2019une puissance formatrice et transformatrice allant au-del\u00e0 des limites de la forme fig\u00e9e. Les repr\u00e9sentations de la m\u00e9tamorphose au sens propre, mais \u00e9galement la m\u00e9tamorphose comme dispositif ou m\u00eame comme mode repr\u00e9sentationnel sont donc d\u2019un int\u00e9r\u00eat particulier pour le num\u00e9ro. Mais cette structure complexe, voire paradoxale n\u2019est pas moins d\u00e9terminante pour le mode philosophique de la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9tamorphose est pr\u00e9sente, souvent de mani\u00e8re intense, dans les contextes philosophiques, m\u00eame si elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, pour longtemps au moins, parmi les favorites de la philosophie. Notons pour autant trois grands&nbsp;<em>vecteurs<\/em>&nbsp;philosophiques de la m\u00e9tamorphose : le vecteur grec, appelons-le h\u00e9raclit\u00e9en, le vecteur marxiste et le vecteur nietzsch\u00e9en. Ces trois vecteurs attestent l\u2019\u00e9largissement du champ s\u00e9mantique de la m\u00e9tamorphose au-del\u00e0 de ses structures \u00e9l\u00e9mentaires, des transformations miraculeuses, mythiques et religieuses (qui restent toutefois d\u00e9terminantes dans les grandes lignes pour la perception et les usages de la m\u00e9tamorphose dans l\u2019art moderne, de Hoffmann et Blake aux surr\u00e9alistes et Kafka : la m\u00e9tamorphose installe fermement son camp prot\u00e9iforme dans le champ du savoir moderne, en proposant un de ses sch\u00e8mes constitutifs. Dans ce champ \u00e9largi, la m\u00e9tamorphose se travestit, en apparaissant sous la forme de mutation, transformation, modification, mobilit\u00e9. Ainsi, le paradigme marxiste impose la pens\u00e9e de la&nbsp;<em>praxis<\/em>&nbsp;transformatrice du monde, tandis que la lign\u00e9e nietzsch\u00e9enne affirme \u00e0 son tour la m\u00e9tamorphose de l\u2019homme comme horizon \u00ab r\u00e9gulateur \u00bb, trac\u00e9 parall\u00e8lement au progr\u00e8s de la pens\u00e9e biologique, de Lamarck \u00e0 Darwin, sans oublier le travail de Goethe sur la m\u00e9tamorphose. Dans cette filiation nietzsch\u00e9enne pr\u00e9cis\u00e9ment, depuis quelques d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, une conceptualisation et une probl\u00e9matisation critique du \u00ab post-humain \u00bb se fraient le chemin, visant le d\u00e9veloppement des technologies, de la g\u00e9n\u00e9tique et la m\u00e9decine, et plus g\u00e9n\u00e9ralement la marche triomphale, aux tonalit\u00e9s macabres, du biocapitalisme contemporain (on peut \u00e9voquer ici le travail d\u2019Antonio Negri, de Donna Haraway, de Peter Sloterdijk ou de Bernard Stiegler).<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, bien au-del\u00e0 des \u00e9vidences m\u00e9tamorphiques, nombre de cat\u00e9gories majeures et de syst\u00e8mes de pens\u00e9e qui ont trac\u00e9 l\u2019histoire de la philosophie moderne peuvent \u00eatre vus et repens\u00e9s sous l\u2019\u00e9clairage, souvent impr\u00e9vu mais toujours r\u00e9v\u00e9lateur, de la m\u00e9tamorphose. Ainsi, Herbert Marcuse, dans sa th\u00e8se&nbsp;<em>L\u2019ontologie de Hegel et la th\u00e9orie de l\u2019historicit\u00e9<\/em>&nbsp;(1932), a propos\u00e9 de relire le concept ontologique h\u00e9g\u00e9lien pr\u00e9cis\u00e9ment dans une telle perspective, tandis qu\u2019Ernst Bloch a repens\u00e9 les cat\u00e9gories aristot\u00e9liciennes de&nbsp;<em>dunamis<\/em>&nbsp;et de mati\u00e8re, m\u00e9tamorphos\u00e9es par \u00abla gauche aristot\u00e9licienne\u00bb, en tant qu\u2019acteurs de la transformation du monde (<em>Avicenne et la gauche aristot\u00e9licienne<\/em>, 1952). Reiner Sh\u00fcrmann, dans&nbsp;<em>Le Principe d\u2019anarchie<\/em>&nbsp;(1982) et, r\u00e9cemment, Catherine Malabou dans&nbsp;<em>Le Change Heidegger<\/em>&nbsp;(2004) ont tent\u00e9 d\u2019entendre sous l\u2019optique de la mutation et du changement la pens\u00e9e heidegg\u00e9rienne de l\u2019\u00eatre. Cette mise en \u0153uvre de la m\u00e9tamorphose contribue sans doute \u00e0 d\u00e9passer l\u2019automatisme de sa vision comme appareillage ontologique obsol\u00e8te et marginal, expuls\u00e9 du mainstream philosophique. Elle encourage ainsi la tentative de r\u00e9v\u00e9ler l\u2019inconscient h\u00e9raclit\u00e9en de l\u2019histoire de la philosophie qui attend toujours d\u2019\u00eatre repens\u00e9e sous le signe de la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n\n\n\n<p>Cherchant \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019exigence de l\u2019actualit\u00e9 du monde, le num\u00e9ro tente de rep\u00e9rer et de mettre en relief, de mobiliser m\u00eame, des tendances d\u00e9fricheuses de la pens\u00e9e philosophique contemporaine. Ceci sous trois modes privil\u00e9gi\u00e9s, vus dans leurs fluctuations et dans leur transformation dynamique : la pens\u00e9e du monde, l\u2019art et la&nbsp;<em>praxis<\/em>&nbsp;politique. Les pratiques m\u00e9tamorphiques de l\u2019art contemporain, qui peuvent \u00eatre vues comme exemples privil\u00e9gi\u00e9s de la transformation du monde en cours, ainsi que comme le mode privil\u00e9gi\u00e9 de la r\u00e9sistance contre cette transformation, sont d\u2019un int\u00e9r\u00eat particulier pour ce num\u00e9ro qui \u00e9voque le travail d\u2019artistes contemporains comme Xavier Le Roy, Nadezhda Oleg Lyahova, Tacita Dean, Valie Export ou Jun Takita.<\/p>\n\n\n\n<p>Les textes qui composent le num\u00e9ro \u00e9noncent et d\u00e9veloppent plusieurs aspects d\u00e9terminants de la m\u00e9tamorphose, tout en la mobilisant comme outil critique. Ils gravitent autour de quelques n\u0153uds d\u2019intensit\u00e9 conceptuels : d\u2019abord, c\u2019est la question de la repr\u00e9sentation et de l\u2019image de la m\u00e9tamorphose. L\u2019article de Fran\u00e7oise Frontisi-Ducroux \u00ab L\u2019invention de la m\u00e9tamorphose \u00bb qui ouvre le num\u00e9ro par une \u00e9tude sur les origines de la m\u00e9tamorphose, sur la structuration complexe de son sch\u00e8me mythique et repr\u00e9sentationnel en Gr\u00e8ce ancienne et sur sa \u00ab fixarion \u00bb chez Ovide, en trace les grandes lignes. Le texte d\u2019Alena Alexandrova \u00ab Image-instant \/ image plastique. M\u00e9tamorphoses de l\u2019origine \u00bb propose une r\u00e9flexion th\u00e9orique sur les m\u00e9tamorphoses de ce que l\u2019auteure appelle le \u00ab mythe de l\u2019origine \u00bb qui tente de r\u00e9duire la plasticit\u00e9 m\u00e9tamorphique immanente de la&nbsp;<em>po\u00efesis<\/em>&nbsp;humaine. \u00c0 partir d\u2019un cas plastique, l\u2019installation \u00ab Reflets en savon \u00bb de Nadezhda Oleg Lyahova, l\u2019historien de l\u2019art Angel Angelov propose une r\u00e9flexion ph\u00e9nom\u00e9nologique et iconologique en engageant les figures de M\u00e9duse et de Narcisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient ensuite la question de la puissance m\u00e9tamorphique de la technique, qui s\u2019articule dans les articles d\u2019Alena Alexandrova, de Giovanna Zapperi et de Fr\u00e9d\u00e9ric Neyrat, et qui se situe au centre de la relecture de Husserl propos\u00e9e dans le texte d\u2019Erich H\u00f6rl \u00ab Du d\u00e9placement technologique du sens \u00bb, ainsi que dans l\u2019entretien entre le chor\u00e9graphe Xavier Le Roy, Franz Anton Cramer et le responsable du num\u00e9ro. Enfin, en relation directe avec la question de la technique, se pose le probl\u00e8me de la transformation de l\u2019homme, du corps animal et humain, qui introduit la dimension biopolitique. Ce probl\u00e8me est le point de d\u00e9part des articles de Giovanna Zapperi, \u00ab Pygmalion r\u00e9vis\u00e9 \u00bb, et de Jeanette Zwingenberger, \u00ab Les corps mutants des artistes, Bio-art \u00bb, mais aussi, dans une perspective particuli\u00e8re, du compte rendu d\u2019\u00c9velyne Grossman \u00ab Les nouveaux sujets de la souffrance c\u00e9r\u00e9brale \u00bb sur le livre de Catherine Malabou&nbsp;<em>Les Nouveaux Bless\u00e9s<\/em>. Au bout de ce parcours Fr\u00e9d\u00e9ric Neyrat pose, dans \u00ab D\u00e9sint\u00e9grer. Programme philosophique \u00bb, la question de ce qui ne change pas dans un monde o\u00f9 tout est cens\u00e9 changer et \u00eatre \u00e9chang\u00e9, pour lancer le programme d\u2019une&nbsp;<em>d\u00e9s-int\u00e9gration ontologique<\/em>&nbsp;comme seule alternative au \u00ab&nbsp;<em>crash test<\/em>, par lequel notre civilisation globale tenterait de v\u00e9rifier son indemnit\u00e9 en s\u2019auto-d\u00e9truisant \u00bb. Ainsi, la question nodale du monde, de la pens\u00e9e du monde, de la m\u00e9tamorphose du monde et de la praxis transformatrice, est ouverte : c\u2019est la question que d\u00e9veloppe Jean-Luc Nancy dans le cadre de l\u2019entretien au centre du num\u00e9ro, \u00ab La m\u00e9tamorphose, le monde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les liens qui se tissent, souvent inattendus, entre les textes, leurs croisements et enchev\u00eatrements qui renforcent l\u2019intensit\u00e9 et la dynamique interne du num\u00e9ro, \u00e0 m\u00eame la diversit\u00e9 et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des sujets et des ordres conceptuels \u2013, ne sauront pas trop surprendre mais sauront peut-\u00eatre en retour, tel est du moins notre espoir, encourager le lecteur \u00e0 s\u2019aventurer dans ces espaces inconnus o\u00f9 on avance encore en t\u00e2tonnant.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-rue-descartes-2009-2-page-2.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-rue-descartes-2009-2-page-2.htm<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>HORIZONS<\/p>\n<p>Rue Descartes 2009\/2 (n\u00b0 64)<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[239,188],"tags":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2011"}],"collection":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2011"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2011\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2013,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2011\/revisions\/2013"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2011"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}