{"id":2015,"date":"2021-04-26T12:10:21","date_gmt":"2021-04-26T09:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/blog\/?p=2015"},"modified":"2022-03-29T20:34:34","modified_gmt":"2022-03-29T17:34:34","slug":"sujet-evenementiel-et-evenement-sujet-les-defis-dune-politique-de-la-metamorphose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/etudes-philosophiques\/sujet-evenementiel-et-evenement-sujet-les-defis-dune-politique-de-la-metamorphose\/","title":{"rendered":"SUJET \u00c9V\u00c9NEMENTIEL ET \u00c9V\u00c9NEMENT-SUJET. LES D\u00c9FIS D\u2019UNE POLITIQUE DE LA M\u00c9TAMORPHOSE"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>(In&nbsp;<em>Rue Descartes<\/em>, n\u00b0 67:&nbsp;<em>Quel sujet du politique ?<\/em>, sous la dir. de Gabriela Basterra , Rada Ivekovi\u0107 , Boyan Manchev, 2010\/1).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une figure post-substantielle du sujet \u2013un&nbsp;<em>post-sujet<\/em>&nbsp;?\u2013 se fraye le chemin dans la foul\u00e9e de la critique radicale du sujet m\u00e9taphysique. Le pr\u00e9tendant alternatif pour le lieu vide du sujet moderne \u00ab fondateur \u00bb estunsujetnon-substantiel,occasionnel,oscillant,discontinu : unsujet en devenir,al\u00e9atoire,rare ou pr\u00e9caire&nbsp;<a><em>1<\/em><\/a>. Appelons cette nouvelle figure \u2013qui s\u2019impose depuis quelques d\u00e9cennies sur la sc\u00e8ne de la pens\u00e9e politique contemporaine et de la philosophie radicale et qui, apr\u00e8s la confirmation du constat de la mort du sujet m\u00e9taphysique et par cons\u00e9quent du sujet souverain, substantiel de la politique, est la seule qui nous int\u00e9resse ici \u2013&nbsp;<em>sujet \u00e9v\u00e9nementiel<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019axiome du sujet \u00e9v\u00e9nementiel est loin d\u2019\u00eatre philosophiquement accompli; toute une s\u00e9rie de probl\u00e8mes, dont l\u2019enje u n\u2019est rien moins que d\u00e9cisif pour lapens\u00e9e et la pratique politique, s\u2019ouvre avec elle. Tentons de faire face \u00e0 ces probl\u00e8mes, respectivement \u00e0 ces n\u00e9cessit\u00e9s critiques:<\/p>\n\n\n\n<ol><li>La n\u00e9cessit\u00e9 de contourner l\u2019id\u00e9e d\u2019un assujettissement quasi-substantiel.<\/li><li>La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019assurer la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation du sujet ainsi que la continuit\u00e9 de son \u00e9mancipation, c\u2019est-\u00e0-dire de la lutte et du devenir-sujet dans et par la lutte. Comment son devenir face \u00e0 la justice et l\u2019exigence de la lutte est-il possible ? Faudrait-il c\u00e9der au scepticisme r\u00e9sign\u00e9 de la th\u00e8se que la libert\u00e9 ne serait au bout du compte rien d\u2019autre qu\u2019un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne des m\u00e9canismes du pouvoir ?<\/li><li>Comment le commun est-il possible s\u2019il ne rel\u00e8ve que de configurations pr\u00e9caires ?<\/li><li>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019exigence de la&nbsp;<em>praxis<\/em>&nbsp;de la transformation reste ouverte. Comment la transformation d\u2019une situation d\u2019origine s\u2019effectue-t-elle par un sujet non seulement inconstant mais m\u00eame constitutivement opportuniste, dans la mesure o\u00f9 son actualisation \u00ab en r\u00e9seau \u00bb rend possible des processus de d\u00e9subjectivation et de resubjectivation, de changement de position par rapport aux configurations du pouvoir mais sans qu\u2019une transformation de la condition d\u2019origine soit n\u00e9cessairement effectu\u00e9e ? Comment le monde peut-il \u00eatre transform\u00e9 \u2013 ce qui exige toujours une action disruptive\u2013 par un op\u00e9rateur r\u00e9actif ?<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Ainsi l\u2019affirmation d\u2019un sujet \u00e9v\u00e9nementiel devrait faire face au pr\u00e9alable \u00e0 quelques probl\u00e8mes constitutifs, d\u2019ordre ontologique donc, concernant la condition de possibilit\u00e9 d\u2019un tel sujet. Ce court texte se propose de les pr\u00e9senter sous la forme d\u2019une s\u00e9rie de questions critiques, en lan\u00e7ant \u00e0 la fin de chaque question une hypoth\u00e8se respective.<\/p>\n\n\n\n<p>Une remarque pr\u00e9liminaire s\u2019impose. Pourquoi avoir recours \u00e0 des cat\u00e9gories ontologiques en parlant du sujet politique ? Ne serait-ce pas une confusion f\u00e2cheuse ? Ne faudrait-il pas d\u00e9tacher de mani\u00e8re d\u00e9cisive et d\u00e9finitive le champ ontologique du champ politique de m\u00eame que la question du sujet de l\u2019appareil cat\u00e9goriel de l\u2019ontologique ? Cette question semble \u00eatre cruciale pour notre probl\u00e9matique et elle demande sans aucun doute un d\u00e9veloppement extensif. Ici, je ne peux qu\u2019\u00e9mettre une hypoth\u00e8se de plus:refaire le lien entre ontologique et politique \u2013tout autre chose que r\u00e9affirmer le dispositif ontopolitique stabilis\u00e9 dans la lign\u00e9e platonicienne\u2013 semble \u00eatre une exigence critique br\u00fblante devant la pens\u00e9e philosophique. Articuler \u00e0 nouveaux frais les cat\u00e9gories majeures pour repenser le politique et le sujet politique \u2013la singularit\u00e9, l\u2019universel, la&nbsp;<em>praxis<\/em>, la puissance, le travail, la r\u00e9sistance, la lutte, l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la transformation, le commun, la justice, le monde\u2013 ne veut dire rien de moins que rouvrir leurs enjeux ontologiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"1-la-competence-du-sujet-evenementiel\">1. LA COMP\u00c9TENCE DU SUJET \u00c9V\u00c9NEMENTIEL<\/h3>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 vient la comp\u00e9tence d\u2019un sujet al\u00e9atoire ? Ou bien : le sujet \u00e9v\u00e9nementiel est-il un sujet performatif&nbsp;<a><em>2<\/em><\/a>&nbsp;? En d\u2019autres termes, est-il possible de ne pas supposer une \u00ab id\u00e9ologie \u00bb pr\u00e9subjective et par cons\u00e9quent une comp\u00e9tence subjective qui pr\u00e9figure l\u2019\u00e9mergence du sujet dans et par son action libre ? Si le sujet n\u2019\u00e9merge que dans une situation ou un moment critique d\u00e9termin\u00e9s, la question de ce qui d\u00e9clenche le processus de son \u00e9mergence et de sa mati\u00e8re reste ouverte. Quelle serait la comp\u00e9tence du sujet \u00e9v\u00e9nementiel \u2013 comp\u00e9tence de s\u2019\u00e9manciper de sa situation d\u2019origine, comp\u00e9tence de participer au commun, comp\u00e9tence d\u2019imaginer un monde et de transformer le monde donn\u00e9 en cons\u00e9quence\u2013 comp\u00e9tence de l\u2019action transformatrice ? Un sujet pr\u00e9caire pourrait-il \u00eatre qualifi\u00e9 ou comp\u00e9tent pour s\u2019orienter dans le monde, pour agir, pour r\u00e9sister, pour transformer et se transformer, pour construire le commun \u2013 et comment ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;Or, m\u00eame un sujet pr\u00e9caire, \u00e9v\u00e9nementiel,&nbsp;<em>discontinu<\/em>&nbsp;suppose n\u00e9cessairement une sorte de \u00ab qualification \u00bb ou de \u00ab comp\u00e9tence \u00bb. Un sujet&nbsp;<em>non-qualifi\u00e9<\/em>, sans qualit\u00e9s, \u00ab pur et simple \u00bb ne peut subsister en tant que sujet \u00e9v\u00e9nementiel, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9sister et persister dans son affirmation. Mais alors son \u00e9v\u00e9nement ne pourrait \u00eatre et n\u2019est jamais \u00ab pur \u00bb. Telle est l\u2019aporie du sujet \u00e9v\u00e9nementiel.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"2-le-champ-pre-subjectif\">2. LE CHAMP PR\u00c9-SUBJECTIF<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019aporie du sujet \u00e9v\u00e9nementiel engage ainsi la question de son origine. Le motif de l\u2019origine \u00e9tant un \u00e9l\u00e9ment central de la logique de la substance et par cons\u00e9quent de l\u2019individu, du grand sujet individuel, la sc\u00e8ne d\u2019origine du sujet \u00e9v\u00e9nementiel fait d\u00e9faut. Quelle est l\u2019origine du sujet \u00e9v\u00e9nementiel ? D\u2019o\u00f9 vient-il au monde ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tournons-nous donc \u00ab en arri\u00e8re \u00bb \u2013&nbsp;<em>r\u00e9fl\u00e9chissons<\/em>&nbsp;\u2013 pour faire face \u00e0 la situation de l\u2019\u00e9mergence du sujet (pour ne plus parler de g\u00e9n\u00e9alogie). Il faut d\u2019abord insister sur le fait que la situation \u00ab pr\u00e9-subjective \u00bb de l\u2019\u00e9mergence du sujet n\u2019implique pas une d\u00e9termination par des facteurs ext\u00e9rieurs, \u00e0 la fois au sens sociologique et psychanalytique entendus vulgairement. \u00c9videmment le sujet \u00e9merge dans un milieu pr\u00e9-subjectif : \u00ab milieu \u00bb qui est en effet un flux, c\u2019est-\u00e0-dire non pas un courant homog\u00e8ne \u2013 substance, \u00e9nergie, force vitale, souverainet\u00e9, loi, configuration sociale ou politique fig\u00e9e, sc\u00e8ne d\u2019origine \u2013 mais une dynamique compositionnelle. Cette dynamique ne suppose ni une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie ni une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 construite ; au contraire, la dynamique compositionnelle devrait \u00eatre pens\u00e9e comme un champ de forces pol\u00e9miques. Ce qu\u2019on appelle \u00ab milieu pr\u00e9-subjectif \u00bb, en partant apparemment d\u2019une logique de l\u2019individu, est en effet un espace o\u00f9 s\u2019effectuent des pulsions, des tensions \u2013 des intensit\u00e9s et des forces subjectivantes. \u00c9tant travers\u00e9 par des forces et des processus de subjectivation, l\u2019espace pr\u00e9-subjectif est donc d\u00e9j\u00e0 subjectif en soi. Le \u00ab pouvoir \u00bb est lui-m\u00eame un conglom\u00e9rat de forces subjectives, et par cons\u00e9quent les rapports de pouvoir sont toujours englob\u00e9s dans des tensions subjectives : le champ du pouvoir est un champ&nbsp;<em>tensif<\/em>&nbsp;subjectif. Par cons\u00e9quent l\u2019\u00e9mergence du sujet n\u2019est que le processus de transformation d\u2019un espace ou d\u2019un champ subjectif&nbsp;<a><em>3<\/em><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;Le sujet est \u00e0 la fois une navette subjective et une toile tiss\u00e9e par celle-ci. De ce fait,m\u00eame si le sujet politique est pr\u00e9caire et instable (ou plut\u00f4t m\u00e9ta-stable), il ne pourrait pas \u00eatre dit purement occasionnel ou al\u00e9atoire. La chance du sujet est port\u00e9e par des n\u00e9cessit\u00e9s tensives. La n\u00e9cessit\u00e9 de la libert\u00e9 est tout autre chose que la pr\u00e9destination de l\u2019\u00e9v\u00e9nement messianique.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"3-constitution-hybride-du-sujet\">3. CONSTITUTION HYBRIDE DU SUJET<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite de Gilbert Simondon, dans sa&nbsp;<em>Grammaire de la multitude<\/em>, Paolo Virno trace une \u00ab g\u00e9n\u00e9alogie \u00bb politique du \u00ab sujet amphibie \u00bb. Il traite le processus d\u2019individuation comme constitutivement inachev\u00e9 et consid\u00e8re le sujet comme \u00ab m\u00e9lange \u00bb d\u2019\u00e9l\u00e9ments pr\u00e9individuels et de parties singularis\u00e9es. Il d\u00e9gage trois grands domaines \u2013 ressources pr\u00e9\u2013individuelles du sujet : la perception, la langue et les rapports de production&nbsp;<a><em>4<\/em><\/a>. \u00c0 cet \u00e9gard, il faudrait d\u2019abord noter la promiscuit\u00e9 constitutive de ces trois domaines (pas de production et donc de pouvoir sans discours et politiques du sensible, et vice versa), ainsi qu\u2019un manque important dans la distinction \u00e9tablie par Virno, notamment ce qu\u2019on d\u00e9signe comme sph\u00e8re&nbsp;<em>proth\u00e9tique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de sph\u00e8re proth\u00e9tique a la t\u00e2che de d\u00e9signer le nombre infini des&nbsp;<em>tekhnai<\/em>&nbsp;(savoirsfaire, voire modes d\u2019agir) et des \u00ab proth\u00e8ses \u00bb ou des modes proth\u00e9tiques qui leur corres-pondent. Ici, par proth\u00e8se on ne comprend pas seulement les outils fonctionnels, les outils techniques ou les technologies. Les \u00ab proth\u00e8ses \u00bb sont des modes de subjectivation : des \u00ab canaux \u00bb des devenirs subjectifs. Le v\u00eatement, depuis qu\u2019il existe, est un mode constitutif du devenir du sujet : en fait, le morceau de tissu se transforme en v\u00eatement seulement en tant que proth\u00e8se subjective. Chaque proth\u00e8se correspond donc \u00e0 des&nbsp;<em>tekhnai<\/em>, respectivement \u00e0 des pratiques culturelles qui se cultivent historiquement, mais \u00e9galement \u00e0 des&nbsp;<em>tekhnai<\/em>&nbsp;singuli\u00e8res et souvent innommables. De leur c\u00f4t\u00e9, ces&nbsp;<em>tekhnai<\/em>&nbsp;engagent toujours des processus mat\u00e9riels et des intensit\u00e9s sensibles ; elles participent au devenir-sensible du sensible comme une force immanente. Parlons donc de&nbsp;<em>tekhnai aisth\u00e9tiques<\/em>&nbsp;et des processus<em>&nbsp;tekhno-aisth\u00e9tiques<\/em>. La sph\u00e8re proth\u00e9tique d\u00e9signe donc l\u2019ensemble des pratiques (trans-)individuelles,&nbsp;<em>tekhno-aisth\u00e9tiques<\/em>, de subjectivation. De ce fait, le concept de sph\u00e8re proth\u00e9tique pourrait bien englober les trois domaines d\u00e9duits par Virno : tous les syst\u00e8mes de fonctionnement, de signification et de communication \u00ab trans-organiques \u00bb, du langage \u00e0 l\u2019art et aux m\u00e9dias, mais aussi les comportements, les pratiques sociales et les institutions, en commen\u00e7ant par la super-proth\u00e8se de la \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (et sans oublier la perception, qui est loin d\u2019\u00eatre une capacit\u00e9 naturelle \u00ab sauvage \u00bb, mais qui est form\u00e9e et conditionn\u00e9e par nombre de&nbsp;<em>tekhnai<\/em>), pourraient \u00eatre con\u00e7us comme proth\u00e8ses au sens que l\u2019on propose ici. Or les rapports de production-pouvoir sont toujours saisis dans la transformation de la mati\u00e8re sensible par ces&nbsp;<em>tekhnai<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"4-desorganisation-du-corps-biopolitique-et-tekhno-aisthetique\">4. D\u00c9SORGANISATION DU CORPS, BIOPOLITIQUE ET&nbsp;<em>TEKHNO-AISTH\u00c9TIQUE<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019affirmation sur la constitution hybride du sujet a des cons\u00e9quences importantes sur une des th\u00e8ses marquantes de la pens\u00e9e politique, la th\u00e8se biopolitique.Dans la mesure o\u00f9 la puissance du sujet est puissance des multiples modes du devenir, qui sont toujours des modes tekhnoaisth\u00e9tiques, on ne peut parler de puissance pure du sujet. La puissance est toujours modale. \u00c0 cette affirmation r\u00e9pond une vision du corps : le corps n\u2019est pas une unit\u00e9 organique ou machinique homog\u00e8ne ; il est toujours pris dans un mouvement de d\u00e9s-organisation qui n\u2019est autre chose que le mouvement immanent au corps, exc\u00e9dant l\u2019opposition entre organique et inorganique&nbsp;<a><em>5<\/em><\/a>. Or le noyau tensif de la construction de la puissance du commun est immanent au mouvement du corps-\u00e9v\u00e9nement ou du corps-sujet en tant que devenir-multiple des singularit\u00e9s, en tant que leur com-position.Alors, la tentative de s\u2019emparer de la puissance de la vie du corps \u2013 l\u2019essence de la biopolitique\u2013 repr\u00e9sente en premier lieu un geste de r\u00e9duction totalisante, de production de substance. Seule la substance pourrait \u00eatre poss\u00e9d\u00e9e et domin\u00e9e, et non pas la puissance ; or la puissance doit \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 la substance sous la forme d\u2019une puissance homog\u00e8ne et totale, donc saisissable&nbsp;<a><em>6<\/em><\/a>. La production capitaliste rend la domination possible en produisant, avant tout produit, (la fiction de) la substance \u2013 la fiction de la substance en tant que productibilit\u00e9 pure, en tant que condition de possibilit\u00e9 de la production. Mais cette substance-productibilit\u00e9 n\u2019est autre chose que la r\u00e9duction des puissances singuli\u00e8res des corps. Pourtant toute puissance comporte un moment immanent de r\u00e9sistance (cf. infra, 6.) et c\u2019est la raison pour laquelle le corps-sujet ne peut jamais \u00eatre domin\u00e9 totalement. Il est en exc\u00e8s sur toute totalit\u00e9 et par cons\u00e9quent la puissance de la lutte et de la libert\u00e9 sont irr\u00e9ductibles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;L\u2019emprise biopolitique sur les corps-sujets ne peut jamais \u00eatre totale, elle n\u2019est qu\u2019un processus totalisant engag\u00e9 dans une bataille pour s\u2019emparer des champs&nbsp;<em>tekhno-aisth\u00e9tiques<\/em>, des champs de l\u2019\u00e9mergence des modes de subjectivation.<\/p>\n\n\n\n<p>La question d\u00e9cisive pour le sujet-politique aujourd\u2019hui est donc la question&nbsp;<em>tekhno-aisth\u00e9tique<\/em>. L\u2019actualit\u00e9 se trouve sous le signe de la transformation capitale des modes de production, d\u2019\u00e9change et de pouvoir qui n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 engager la transformation des modes de subjectivation : la marchandisation de la force de travail elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019absorption de la puissance de la vie, l\u2019op\u00e9ration de base de la biopolitique. D\u00e9sormais, on le sait : on ne peut pas aborder la transformation biocapitaliste sans tenir compte de la transformation des modes de subjectivation qui sont toujours mat\u00e9riels, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;<em>tekhno-aisth\u00e9tiques<\/em>. Reformulons donc la th\u00e8se sur la transformation ; parlons, au-del\u00e0 de \u2013 ou \u00e0 m\u00eame \u2013 la biopolitique, d\u2019un processus d\u2019absorption des modes et des&nbsp;<em>tekhnai<\/em>&nbsp;de subjectivation. Si on p\u00e9riphrase Benjamin, il s\u2019agirait d\u00e8s lors non pas de bio-esth\u00e9tiser la politique mais de (re-)politiser la (bio-)<em>aisth\u00e9tique<\/em>, ou plut\u00f4t de suivre son rythme politique immanent. Une bataille&nbsp;<em>aisth\u00e9tique<\/em>&nbsp;en faveur des sujets inimaginables pour tracer l\u2019\u00e0-venir.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"5-l-aporie-du-sujet-evenementiel\">5. L\u2019APORIE DU SUJET \u00c9V\u00c9NEMENTIEL<\/h3>\n\n\n\n<p>Maintenant on peut reformuler les questions sur la condition de possibilit\u00e9 d\u2019un sujetpolitique \u00e9v\u00e9nementiel, en les recentrant sur deux point cruciaux :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>le point d\u2019\u00e9mergence du sujet (appelons-le probl\u00e8me du passage qualitatif ou \u00ab g\u00e9n\u00e9alogique \u00bb) ;<\/li><li>le point de passage du sujet \u00ab individuel \u00bb au sujet collectif (appelons-le probl\u00e8me du passage quantitatif ou du devenir-multiple), qui pourrait se r\u00e9duire \u00e0 la question : comment plus d\u2019un sujet-\u00e9v\u00e9nement est-il possible ? Comment les \u00e9v\u00e9nements sont-ils com-possibles ? Abordons ces questions en d\u00e9tail.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le point d\u2019\u00e9mergence du sujet. S\u2019agit-il donc d\u2019une accumulation de facteurs qui d\u00e9clenchent l\u2019\u00e9v\u00e9nement en tant que transformation d\u2019un ensemble existant, ou bien de l\u2019intervention d\u2019une force externe qui bouscule brutalement l\u2019ensemble en causant ainsi l\u2019\u00e9v\u00e9nement du sujet, soit comme une r\u00e9action critique \u00e0 la d\u00e9stabilisation, soit comme acteur qui \u00e9merge du champ dynamique pour s\u2019emparer de ses forces en les subsumant sous un nom ?<\/p>\n\n\n\n<p>Chacune de ces deux suppositions, envisageant respectivement une op\u00e9ration immanente \u00e0 l\u2019ensemble et une op\u00e9ration qui le transcende, se heurte \u00e0 des probl\u00e8mes difficiles. Par rapport \u00e0 la supposition \u00ab intra-ensemble \u00bb il se pose une question ult\u00e9rieure, notamment comment saisir le moment de l\u2019\u00e9mergence : si l\u2019\u00e9v\u00e9nement est l\u2019effet d\u2019une simple accumulation, en quoi est-il pr\u00e9cis\u00e9ment un \u00e9v\u00e9nement ? Quant \u00e0 la supposition \u00ab extraensemble \u00bb, selon laquelle l\u2019intervention d\u2019une force externe serait \u00e0 l\u2019origine du sujet\u00e9v\u00e9nement, on sera in\u00e9vitablement amen\u00e9 \u00e0 conclure que cette force devrait \u00eatre elle-m\u00eame d\u2019ordre \u00e9v\u00e9nementiel. Il s\u2019agirait donc d\u2019une s\u00e9rie \u00e9v\u00e9nementielle gouvern\u00e9e par l\u2019effet domino. Mais dans ce cas on aboutirait \u00e0 une vision du flux h\u00e9raclit\u00e9en quasimystique qui n\u2019\u00e9viterait pas \u00e0 son tour de se heurter au paradoxe de l\u2019origine ; il s\u2019agirait donc d\u2019un mauvais infini.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aporie du sujet-\u00e9v\u00e9nement engage ainsi le paradoxe constitutif de l\u2019id\u00e9e de changement. Les deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019aporie se pr\u00e9sentent d\u00e8s lors ainsi. D\u2019une part, on fait face \u00e0 la questio de l\u2019\u00e9mergence \u00e9v\u00e9nementielle du sujet, question qui s\u2019attaque \u00e0 la logique messianique : sans une ressource transcendante d\u2019o\u00f9 l\u2019apparition miraculeuse tire-t-elle sa puissance ? En quoi l\u2019\u00e9v\u00e9nement &#8211; \u00ab miracle \u00bb est-il un \u00ab miracle \u00bb et non pas un fait singulier ? D\u2019autre part, concernant le rapport de l\u2019\u00e9v\u00e9nement du sujet et du fond dynamique duquel il \u00e9merge, il se pose la question : comment l\u2019instant de la m\u00e9tamorphose \u00e9v\u00e9nementielle peut-il avoir lieu si on suppose une constance du changement ? Comment cet instant est-il discernable sur le fond dynamique du champ pr\u00e9-subjectif ? Si l\u2019\u00e9v\u00e9nement est la navette du changement, alors dans un monde o\u00f9 tout change y aurait-il possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9v\u00e9nement ?<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"6-puissance-resistance-metamorphose\">6. PUISSANCE, R\u00c9SISTANCE, M\u00c9TAMORPHOSE<\/h3>\n\n\n\n<p>Tentons de proposer une r\u00e9ponse \u00e0 ces apories en les for\u00e7ant conceptuellement \u2013 c\u2019est-\u00e0dire en tentant de les saisir \u00e0 la hauteur de leur exigence apor\u00e9tique. Pensons donc la co\u00efncidence du changement et de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, en tant que moment d\u2019\u00e9v\u00e9nementm\u00e9tamorphose. Cette affirmation s\u2019appuie sur une th\u00e8se ontologique, notamment l\u2019immanence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la m\u00e9tamorphose, la seule substance du monde. L\u2019\u00e9v\u00e9nement est ce qui emp\u00eache la cl\u00f4ture de la substance, ce qui affirme la persistance du changement. C\u2019est par l\u2019\u00e9v\u00e9nement que le mouvement n\u2019est jamais une actualit\u00e9 parfaite et c\u2019est par lui qu\u2019il pr\u00e9serve toujours une partie de puissance non-actualis\u00e9e \u2013 non-soumise. Mais comment l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9merge-t-il d\u00e8s lors en tant que force disruptive \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire en tant que r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019actualisation compl\u00e8te ? Comment imaginer cette \u00e9mergence immanente du sujet \u00e0 m\u00eame le mouvement ?<\/p>\n\n\n\n<p>Posons d\u2019abord ceci. L\u2019\u00e9v\u00e9nement ou le&nbsp;<em>passage<\/em>&nbsp;<em>\u00e0<\/em>&nbsp;l\u2019<em>acte<\/em>&nbsp;ne devrait pas \u00eatre pens\u00e9 sous la logique de l\u2019actualisation, \u00e0 moins que ce ne soit une actualisation paradoxale, actualisation qui exc\u00e8de la logique de l\u2019actualisation.Car il s\u2019agit d\u2019un moment immanent \u00e0 la puissance qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019actualisation, d\u2019une contre-actualit\u00e9 : une force qui s\u2019oppose donc \u00e0 la logique de la substance, de la souverainet\u00e9 et de l\u2019individu. Or Aristote a essay\u00e9 de penser la possibilit\u00e9 de la possibilit\u00e9, la&nbsp;<em>dunamis<\/em>, de se manifester en tant que&nbsp;<em>contre-puissance<\/em>&nbsp;(d\u2019apr\u00e8s la formulation de Dimka Gicheva-Gocheva qui parle de \u00ab&nbsp;<em>contre-possibilit\u00e9<\/em>&nbsp;<a><em>7<\/em><\/a>&nbsp;\u00bb). En d\u2019autres termes,Aristote est le premier \u00e0 introduire une notion de&nbsp;<em>contre-puissance<\/em>, qui anticipe celle qu\u2019on identifie ici sous le nom de r\u00e9sistance.Dans la&nbsp;<em>M\u00e9taphysique<\/em>,Aristote distingue quatre significations&nbsp;<a><em>8<\/em><\/a>&nbsp;de la cat\u00e9gorie de puissance (<em>dunamis<\/em>), et c\u2019est la quatri\u00e8me qui est d\u2019un int\u00e9r\u00eat tout \u00e0 fait particulier pour nous. Il s\u2019agit du point le plus sous-estim\u00e9 de la d\u00e9finition aristot\u00e9licienne de la puissance, notamment du fonctionnement de la puissance en tant que contre-puissance, une&nbsp;<em>r\u00e9sistance<\/em>&nbsp;intrins\u00e8que qui garde la chose d\u2019un d\u00e9veloppement ind\u00e9sirable, d\u2019un d\u00e9clin, d\u2019un d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire qui garantit son mouvement vers le mieux (1019a 26-30 ; 1046a). Ce terme n\u2019a m\u00eame pas de traduction particuli\u00e8re en latin, les trois premiers aspects \u00e9tant traduits respectivement par&nbsp;<em>potentia<\/em>,&nbsp;<em>possibilitas<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>potestas<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un point capital de la pens\u00e9e d\u2019Aristote qui semble \u00eatre rest\u00e9 m\u00e9connu, obscur m\u00eame, surtout en ce qui concerne son potentiel explosif en vue de la pens\u00e9e politique radicale. Aristote a postul\u00e9 la r\u00e9sistance \u2013 la r\u00e9sistance contre l\u2019actualisation, la&nbsp;<em>r\u00e9sistibilit\u00e9<\/em>\u2013 en tant que qualit\u00e9 intrins\u00e8que de la puissance. C\u2019est une force \u00ab d\u00e9moniaque \u00bb donc, dans le sens o\u00f9 elle sera oppos\u00e9e au premier moteur \u2013 \u00ab Dieu \u00bb (ou le Sujet souverain), cette actualit\u00e9 pure sans aucun r\u00e9sidu de puissance. Pourtant elle semble absolument n\u00e9cessaire pour Aristote : sans r\u00e9sistance, il n\u2019y aurait pas de puissance ; sans puissance, il n\u2019y aurait pas d\u2019actualisation. L\u2019ontologie de la puissance est impossible donc sans la pens\u00e9e de la r\u00e9sistance ; la pens\u00e9e de la r\u00e9sistance \u2013 sans la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9v\u00e9nement-m\u00e9tamorphose&nbsp;<a><em>9<\/em><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le passage \u00e0 l\u2019acte, le moment \u00ab miraculeux \u00bb du d\u00e9clenchement du mouvement, est immanent \u00e0 la puissance m\u00eame \u2013 sa partie non-actualisable qui l\u2019immunise contre la saturation de l\u2019actualit\u00e9\u2013, et, sans qu\u2019il soit un moment tautologique, il est son op\u00e9rateur immanent de recomposition, la m\u00e9tamorphose par laquelle le devenir persiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons donc de la m\u00e9tamorphose de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. La m\u00e9tamorphose tranche l\u2019opposition entre les instants comme entit\u00e9s discr\u00e8tes, discontinues, et la dur\u00e9e en tant que&nbsp;<em>continuum<\/em>. La m\u00e9tamorphose n\u2019est pas la rel\u00e8ve de cette opposition ; elle n\u2019est pas la synth\u00e8se de l\u2019instant et de la dur\u00e9e, de discontinu et de continu. Elle brise cette opposition : elle est la dur\u00e9e de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ou bien sa persistance. Par cons\u00e9quent l\u2019\u00e9v\u00e9nement est le mouvement de la m\u00e9tamorphose elle-m\u00eame : il est le mouvement du mouvement, en d\u00e9pit de l\u2019affirmation aristot\u00e9licienne dans la&nbsp;<em>M\u00e9taphysique<\/em>&nbsp;selon laquelle il n\u2019y a pas de mouvement du mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;Pensons donc le sujet en tant que ce point de passage \u2013 le point de la r\u00e9sistance immanent \u00e0 la puissance, \u00e0 partir duquel se d\u00e9clenche le passage \u00e0 l\u2019acte ou l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"7-du-sujet-individuel-au-sujet-collectif\">7. DU SUJET \u00ab INDIVIDUEL \u00bb AU SUJET COLLECTIF<\/h3>\n\n\n\n<p>Si notre deuxi\u00e8me question \u00e9tait : comment plus d\u2019un sujet-\u00e9v\u00e9nement est-il possible ? \u2013il para\u00eet que nous disposons maintenant des instruments conceptuels n\u00e9cessaires pour articuler une r\u00e9ponse possible. La m\u00e9tamorphose est ce qui ouvre la possibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement comme composition d\u2019\u00e9v\u00e9nements. L\u2019\u00e9v\u00e9nement est une com-position de forces, d\u2019intensit\u00e9s \u00e9v\u00e9nementielles; il n\u2019est pas le devenir-d\u00e9termin\u00e9 d\u2019un ensemble potentiel mais un devenir-ind\u00e9termin\u00e9, qui d\u00e9-actualise les ordres factuels, qui les contamine de la puissance \u00e9v\u00e9nementielle. L\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019op\u00e9ration de re-configuration de la surface \u00e9v\u00e9nementielle: il n\u2019est qu\u2019une grandeur compositionnelle et tensive et nullement absolu ou substantiel; par cons\u00e9quent l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00e9v\u00e9nement singulier est possible seulement dans un champ d\u2019intensit\u00e9 \u00e9v\u00e9nementielle, et donc par rapport \u00e0 une multitude ind\u00e9finie d\u2019autres singularit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;Par cons\u00e9quent un sujet \u00ab individuel \u00bb est d\u00e9j\u00e0, par d\u00e9finition, collectif. L\u2019\u00e9mergence du sujet est toujours un devenir-multiple&nbsp;<a><em>10<\/em><\/a>: l\u2019expression d\u2019une singularit\u00e9 est une alt\u00e9ration&nbsp;<a><em>11<\/em><\/a>. Il n\u2019y pas de passage quantitatif mais seulement passage qualitatif \u2013 recomposition-transformation du champ des forces.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"8-la-persistance-conclusion\">8. LA PERSISTANCE. CONCLUSION<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>(H)<\/strong>&nbsp;Le sujet est donc le nom du point de passage \u2013 point de r\u00e9sistance et, d\u00e9sormais, point de persistance : la co-\u00efncidence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet est le point de persistance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la courbe du front \u00e9v\u00e9nementiel qui est \u00e0 concevoir comme front m\u00e9t\u00e9orologique. Le sujet est dans ce sens la dur\u00e9e de l\u2019\u00e9v\u00e9nement ou l\u2019op\u00e9rateur de la m\u00e9tamorphose : d\u2019une part il est&nbsp;<em>continuum<\/em>&nbsp;m\u00e9tamorphique, devenir permanent, d\u2019autre part il est force disruptive \u2013 \u00e9v\u00e9nement (de la justice).Toute affirmation singuli\u00e8re est un acte juste ; toute justice est disruptive.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la pens\u00e9e de la persistance \u2013et du sujet en tant qu\u2019\u00e9v\u00e9nement persistant\u2013 tranche l\u2019aporie politique du sujet, l\u2019aporie de son action. La pens\u00e9e de la persistance pose apor\u00e9tiquement (compose) la force disruptive de l\u2019\u00e9v\u00e9nement-justice \u2013cet universel disruptif, et la continuit\u00e9persistance de la lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut donc r\u00e9sumer le parcours conceptuel effectu\u00e9 ainsi :<\/p>\n\n\n\n<ol><li>Le sujet n\u2019est ni trop-plein (figure substantielle: individu, souverain) ni creux (pur op\u00e9rateur formel).<\/li><li>Le sujet n\u2019est ni puissance (y compris puissance de se r\u00e9duire \u00e0 une unit\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chissante) ni actualit\u00e9. En termes linguistiques g\u00e9n\u00e9rativistes, le sujet n\u2019est ni comp\u00e9tence ni performance.<\/li><li>Le sujet ne rel\u00e8ve ni d\u2019une constitution apor\u00e9tique, d\u2019un geste apor\u00e9tique constitutif, ni d\u2019un mouvement d\u2019actualisation. Son \u00e9v\u00e9nement n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un devenir progressif, d\u2019une accumulation quantitative ni d\u2019une irruption&nbsp;<em>ex nihilo<\/em>.<\/li><li>Le sujet est op\u00e9rateur de la r\u00e9sistance immanente \u00e0 la puissance : de la persistance m\u00e9tamorphique-\u00e9v\u00e9nementielle. Le sujet est op\u00e9rateur de transformation. Le sujet est l\u2019op\u00e9rateur de la transformation par laquelle la crise immanente du politique persiste et sa saturation est toujours diff\u00e9r\u00e9e. Or le sujet est un&nbsp;<em>mode<\/em>&nbsp;\u2013 un&nbsp;<em>modus operandi<\/em>&nbsp;: le sujet est d\u2019ordre modal.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h3 id=\"9-post-scriptum-sur-la-transformation-actuelle\">9. POST-SCRIPTUM. SUR LA TRANSFORMATION ACTUELLE<\/h3>\n\n\n\n<p>Les questions th\u00e9oriques soulev\u00e9es dans ce texte se formulent selon l\u2019exigence \u2013 et dans l\u2019urgence\u2013 critique de l\u2019actualit\u00e9. Or la question d\u00e9cisive dans cette situation de transformation irr\u00e9versible\u2013 d\u2019absorption non seulement des puissances de la vie mais du potentiel de r\u00e9sistance et de la transformation des sujets politiques \u2013 se pr\u00e9sente comme ceci : comment persister dans le flux totalisant, dans la fluidit\u00e9 biopolitique et techno-esth\u00e9tique, comment r\u00e9sister \u00e0 l\u2019absorption de la transformabilit\u00e9 de la vie sans abolir la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement-sujet ?<\/p>\n\n\n\n<p>Persister dans la r\u00e9ponse donc.Affirmer la persistance des formes de vie \u00e0 travers la transformation, affirmer la m\u00e9tamorphose des sujets-politique contre la fluidit\u00e9 quasi-substantielle des nouveaux pouvoirs totalisants, r\u00e9-ouvrir et re-mobiliser la puissance transformatrice de la&nbsp;<em>praxis<\/em>&nbsp;politique, non pour poser de nouveau l\u2019exigence de transformer le monde mais pour transformer sa transformation. On ne persistera dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement-sujet que si on lui fait face \u00e0 la hauteur de sa propre exigence : celle de la r\u00e9volution permanente de la m\u00e9tamorphose qui n\u2019est pas une interruption quasi-messianique mais une immanence anarchique \u2013 une immanence transformatrice qui persiste, (se) creusant toujours plus loin dans le vide de la&nbsp;<em>krisis<\/em>, de l\u2019inimaginable d\u2019une justice sans commune mesure, de la libert\u00e9 tout court.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-rue-descartes-2010-1-page-32.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-rue-descartes-2010-1-page-32.htm<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SUJET \u00c9V\u00c9NEMENTIEL ET \u00c9V\u00c9NEMENT-SUJET. 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