{"id":2069,"date":"2021-04-27T19:23:39","date_gmt":"2021-04-27T16:23:39","guid":{"rendered":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/blog\/?p=2069"},"modified":"2022-03-29T20:34:33","modified_gmt":"2022-03-29T17:34:33","slug":"performance-politique-politique-de-la-performance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/critique\/performance-politique-politique-de-la-performance\/","title":{"rendered":"PERFORMANCE POLITIQUE, POLITIQUE DE LA PERFORMANCE"},"content":{"rendered":"\n<h3 id=\"boyan-manchev\">Boyan Manchev<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>(in<em> Lignes<\/em> n\u00b055: FINI, C\u2019EST FINI, \u00c7A VA FINIR | Abstentionnisme, populisme, d\u00e9gagisme, marchisme)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le terme de \u00ab populisme \u00bb devient de plus en plus insuffisant. Charg\u00e9 surtout de connotations n\u00e9gatives, dans un sens de plus en plus vaste, dont le volume conceptuel s\u2019\u00e9largit de mani\u00e8re exponentielle pour tenter de saisir la dynamique d\u00e9j\u00e0 incontr\u00f4lable d\u2019\u00e9mergence de nouveaux ph\u00e9nom\u00e8nes voire de nouveaux fantasmes ou revenants politiques, il traduit surtout une impuissance du langage critique face au \u00ab r\u00e9el \u00bb du politique. On parle de populisme faute de mieux : faudrait-il donc r\u00e9p\u00e9ter une fois de plus que notre discours critique est en d\u00e9ficit conceptuel ? Est-ce vrai ? \u00c9vitons la doxa m\u00e9tacritique \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, la notion de populisme a \u00e9galement connu une tentative importante de relecture positive, tentative de la \u00ab d\u00e9tourner \u00bb des connotations n\u00e9gatives, pour la faire \u00e9voluer vers un contexte \u00e9mancipateur, ce qui la sauverait d\u2019abus id\u00e9ologiques et surtout ne permettrait pas son usage automatique, irr\u00e9fl\u00e9chi, dans le but de stigmatiser les nouveaux r\u00e9gimes de la gauche \u00ab radicale \u00bb, surtout en Am\u00e9rique Latine mais aussi en Europe \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Syriza, de Podemos ou bien de la France Insoumise. J\u2019ai \u00e9videmment en vue le travail d\u2019Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Toutefois, entretemps on est devenu les t\u00e9moins m\u00e9lancoliques ou col\u00e9riques de la chute de la vague rouge en Am\u00e9rique Latine aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, la notion de populisme est couramment utilis\u00e9e surtout pour d\u00e9signer les projets politiques radicaux de droite et de gauche (ici on laissera de c\u00f4t\u00e9 le probl\u00e8me de la signification de plus en plus floue du terme \u00ab radicalit\u00e9 \u00bb, tout comme la question \u00e0 quel point la sym\u00e9trie pr\u00e9suppos\u00e9e \u00e9tablie entre les deux p\u00f4les, la droite radicale et la gauche radicale, les posant en tant qu\u2019images en miroir, est perverse). La question qui se pose dans ce contexte-l\u00e0 est&nbsp; plut\u00f4t et surtout : ne nous faudrait-il pas concevoir \u00e9galement la possibilit\u00e9 d\u2019un populisme de centre ou bien d\u2019un populisme lib\u00e9ral ? Telle est au moins l\u2019hypoth\u00e8se de Michel Surya, formul\u00e9e dans la sollicitation \u00e0 contribution \u00e0 cenum\u00e9ro ; hypoth\u00e8se que je partage et que je vais tenter de d\u00e9velopper ici avec quelques arguments suppl\u00e9mentaires. Surya affirme que : \u00ab un d\u00e9gagisme lui aussi populiste, mais \u00e9litaire et mondain celui-l\u00e0 (<em>contradictio in adjecto&nbsp;<\/em>?), existe d\u00e9sormais, qui domine, qui a rafl\u00e9 la mise et dispose de tous les pouvoirs conf\u00e9r\u00e9s par la Constitution. \u00bb Si on poursuit cette hypoth\u00e8se, on pourrait se demander si ce n\u2019est pas le mod\u00e8le m\u00eame de ce qui est couramment identifi\u00e9 comme politique, en partant de l\u2019\u00e9poque de Berlusconi (sans doute la figure cruciale du populisme m\u00e9diatique qui a permis \u00e0 Nicolas Sarkozy par exempled\u2019acc\u00e9der de mani\u00e8re aussi brusque au pouvoir, et \u00e0 Vladimir Poutine, le nouveau venu \u00e0 Kremlin, de solidifier le sien), jusqu\u2019\u00e0 Macron et son homologue autrichien Sebastian Kurz (et \u00e0 un bon nombre d\u2019exemples venant d\u2019autres pays europ\u00e9ens, y compris la Bulgarie, o\u00f9 l\u2019ancien roi, Sim\u00e9on de Saxe-Cobourg-Gotha, et puis l\u2019ancien garde du corpsde l\u2019ancien roi, ont pu s\u2019emparer du pouvoir pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, compromettant toute id\u00e9e de projet politique) ? Dans ce contexte plus g\u00e9n\u00e9ral Macron ne proposerait pas une nouvelle \u00ab exception fran\u00e7aise \u00bb; ce qui en revanche para\u00eet nouveau, ce sont les techniques d\u2019acc\u00e8s au pouvoir, dont Macron repr\u00e9sente \u00e0 son tour l\u2019exemple paradigmatique.<\/p>\n\n\n\n<p>De prime abord, rien en commun entre Sarkozy et Macron. Toutefois, les sym\u00e9tries et les contrastes avec le \u00ab cas \u00bb Sarkozy (auquel&nbsp;<em>Lignes<\/em>&nbsp;a aussit\u00f4t consacr\u00e9 un num\u00e9ro d\u00e9j\u00e0 notoire, \u00ab Dictionnaire critique du \u00ab sarkozysme \u00bb) sont tr\u00e8s \u00e9difiants et \u00e7a vaudrait la peine de les \u00e9claircir. Tandis qu\u2019au moment du d\u00e9but de la campagne pr\u00e9sidentielle Sarkozy est ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, cadre arriviste du parti, devenu marginal \u00e0 cause de son ambition outr\u00e9e, Macron monte sur la grande sc\u00e8ne politique comme ancien ministre del\u2019\u00c9conomie<strong>,&nbsp;<\/strong>dissident du gouvernement et du Parti socialiste. Tous les deux ont r\u00e9ussi \u00e0 faire une carri\u00e8re-\u00e9clair non par une brusque mont\u00e9e sur l\u2019\u00e9chelle bureaucratique de leur partis mais par le biais de facteurs disons non-conventionnels, ou bien, tout court, m\u00e9diatiques. Pourtant les techniques d\u2019acc\u00e8s au pouvoir sont diff\u00e9rentes. Si le tour de force de l\u2019ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 par l\u2019entremise de son image d\u2019homme de main forte (on se souvient de l\u2019op\u00e9ration \u00ab racaille \u00bb &#8211; l\u2019intervention t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e en direct visant la \u00ab purification \u00bb des banlieues, tout comme l\u2019\u00e9vocation du spectre du terrorisme de gauche pendant \u00ab l\u2019affaire de Tarnac \u00bb), le Pr\u00e9sident actuel a \u00e9t\u00e9 fort en imposant l\u2019image m\u00e9diatique s\u00e9ductrice d\u2019un jeune homme \u00e0 la fois brillant et \u00ab comme tous les autres \u00bb, d\u2019un certain \u00ab Mozart des finances \u00bb \u00e9clair\u00e9, d\u2019un homme nouveau et du renouveau, s\u2019opposant au status quo politique actuel, surtout au clivage gauche-droite. Un \u00e9l\u00e9ment suppl\u00e9mentaire important : Macron a su \u00e9galement s\u00e9duire les m\u00e9dias par le charme du post-m\u00e9dia d\u2019un espace public transform\u00e9, privatis\u00e9 : par la mobilisation des r\u00e9seaux sociaux et leur usage comp\u00e9tent.<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"la-societe-de-la-performance-et-le-populisme-performatif\">LA SOCI\u00c9T\u00c9 DE LA PERFORMANCE ET LE POPULISME PERFORMATIF<\/h3>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la pure contingence, r\u00e9fl\u00e9chissons sur les structures. Les diff\u00e9rences en question sont les indices ou bien les sympt\u00f4mes d\u2019une transformation beaucoup plus g\u00e9n\u00e9rale en cours ; telle est au moins mon hypoth\u00e8se. Transformation non pas de l\u2019espace public mais de la structure m\u00eame de la m\u00e9diation, donc de la production de visibilit\u00e9, voire de la production de sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cent ans apr\u00e8s la R\u00e9volution d\u2019Octobre, peut-on se permettre de rappeler l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle L\u00e9nine a su attirer les masses r\u00e9volutionnaires vers les causes des bolcheviks non pas en dernier lieu par son pouvoir rh\u00e9torique qui a bien servi la propagande, par exemple par l\u2019invention des slogans raccrocheurs, tel le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Le communisme, c\u2019est le pouvoir des Soviets plus l\u2019\u00e9lectrification du pays \u00bb. Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique conna\u00eet, tout comme le leader des bolcheviks, la fonction imm\u00e9diate des m\u00e9dias : leur paradoxe de base. Le candidat qui dispose du savoir-faire et conna\u00eet le pouvoir&nbsp;<em>imm\u00e9diat<\/em>&nbsp;des r\u00e9seaux : le nouveau populisme m\u00e9diatique est surtout populisme des&nbsp;<em>networks,&nbsp;<\/em>c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019effet im-m\u00e9diat comme la fonction ultime des m\u00e9dias. Le c\u00f4t\u00e9 anecdotique mis \u00e0 part, il est clair que la m\u00e9diation reste la chose de la politique moderne. De ce point de vue, il est difficile de dire que le \u00ab marchisme \u00bb&nbsp; ou le \u00ab macronisme \u00bb, populisme lib\u00e9ral, est une sorte d\u2019anti-politique. Le \u00ab d\u00e9gagisme \u00bb et le \u00ab macronisme \u00bb , deux faces de la m\u00eame monnaie, traduisent plut\u00f4t une nouvelle forme de politique : une&nbsp;<em>forme per-formante<\/em>. Contre les formes politiques traditionnelles voire \u00e9mancipatrices se dresse la&nbsp;<em>per-formance<\/em>&nbsp;politique. Ainsi Macron appara\u00eet-il non seulement comme le champion de la performance politique, mais \u00e9galement comme le pionnier d\u2019une nouvelle, apr\u00e8s tout,&nbsp;<em>politique de la performance<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, qu\u2019est-ce que la performance ? Une r\u00e9ponse imm\u00e9diate : c\u2019est la marchandise ultime d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;<a><em>1<\/em><\/a>. Pour aborder la question de la performance, rappelons-nous la d\u00e9finition de&nbsp;<em>spectacle&nbsp;<\/em>de la part de Guy Debord&nbsp;: selon la th\u00e8se th\u00e8se 34 de&nbsp;<em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>, le spectacle c\u2019\u00abest le capital \u00e0 un tel degr\u00e9d&#8217;accumulation qu&#8217;il devient image \u00bb. La notion de soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, cat\u00e9gorie symptomatique, correspondait sans doute au capitalisme technologique post-industriel et \u00e0 sa logique de production ainsi qu\u2019\u00e0 la logique moderne de la repr\u00e9sentation. Si le capitalisme d\u00e9velopp\u00e9 se fondait sur la pr\u00e9somption de la croissance&nbsp;: travailler plus efficacement et produire plus pour pouvoir \u00e9largir le temps libre non-marchand de la vie autonome o\u00f9 des formes de vie non-soumises aux lois du march\u00e9 pourraient avoir lieu, le nouveau mod\u00e8le, celui des derni\u00e8res d\u00e9cennies, dont Macron r\u00e9v\u00e8le la v\u00e9rit\u00e9, a comme trait d\u00e9terminant pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019essai d\u2019absorber l\u2019espace de l\u2019autonomie moderne du sujet&nbsp;: la sph\u00e8re de la vie priv\u00e9e, la sph\u00e8re de la possibilit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimentation avec des modes de subjectivation, de vie et d\u2019\u00eatre-en-commun alternatifs. Le nouveau mod\u00e8le s\u2019empare ainsi de \u00ab&nbsp;l\u2019improductible&nbsp;\u00bb et par cons\u00e9quent totalise la sph\u00e8re du march\u00e9. L\u2019obsession actuelle&nbsp;du terme&nbsp;<em>performance<\/em>&nbsp;est plus qu\u2019\u00e9loquente, elle en est le sympt\u00f4me. Une v\u00e9ritable obsession avec la performance gouverne aujourd\u2019hui les discours politiques, \u00e9conomiques et m\u00e9diatiques. Cet emploi, dot\u00e9 aujourd\u2019hui de valeurs ajout\u00e9es obsessionnelles, est motiv\u00e9 aussi par des raisons \u00e9tymologiques&nbsp;: la per-formance, de&nbsp;<em>per<\/em>&#8211;<em>formare<\/em>, d\u00e9signerait pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ex\u00e9cution, l\u2019actualisation sans reste de la forme. La&nbsp;<em>per<\/em>&#8211;<em>formance<\/em>&nbsp;de la forme (de vie) est incommensurable avec la mise en sc\u00e8ne des repr\u00e9sentations ou des images de la vie&nbsp;(le spectacle) : la performance exc\u00e8de le spectacle classique de la m\u00eame mani\u00e8re que le&nbsp;<em>biocapitalisme<\/em>&nbsp;contemporain exc\u00e8de le capitalisme \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;fordiste&nbsp;\u00bb, le capitalisme de la haute modernit\u00e9. Ainsi ce nouveau mod\u00e8le a introduit une marchandise in\u00e9dite \u2013 les formes de vie elles-m\u00eames. On pourrait le d\u00e9finir donc, en s\u2019appuyant sur la matrice rh\u00e9torique de la d\u00e9finition de la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle de la part de Debord, comme \u00ab&nbsp;le degr\u00e9 d\u2019accumulation du capital o\u00f9 il devient forme de vie.&nbsp;\u00bb La caract\u00e9ristique principale de la soci\u00e9t\u00e9 performante est ainsi la transformation des formes de vie et des modes de subjectivation \u2013 ou plut\u00f4t la production d\u2019une subjectivit\u00e9 plastique adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et la diversification du march\u00e9, la virtualisation et la standardisation de ces formes de vie multipli\u00e9es en tant que marchandise ultime.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation bouscule la dynamique des rapports sociaux, de la&nbsp;<em>chose<\/em>&nbsp;publique actuellement. Il s\u2019agit d\u2019une transformation g\u00e9n\u00e9rale qui affecte la structure m\u00eame du projet politique : la transformation du projet politique en politique(s) des projets. Pourtant, cette transformation ne concerne pas que les sujets politiques. Elle affecte la sph\u00e8re int\u00e9grale du politique, de ce qu\u2019on appelle de plus en plusvaguement d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Ainsi, les citoyens eux-m\u00eames se comportent de plus en plus en tant que clients-consommateurs ; ils ach\u00e8tent pour essayer, pour utiliser peut-\u00eatre pendant quelque temps, puis ils jettent ou bien retournent la marchandise. De ce point de vue les populistes traditionnels sont beaucoup plus enracin\u00e9s dans une politique traditionnelle que les nouveaux : certains d\u2019entre eux s\u2019identifient au moins \u00e0 des \u00ab causes&nbsp;\u00bb , m\u00eame douteuses, stimul\u00e9s par une affection politique (h\u00e9las, n\u2019est-ce surtout pas la peur et la haine qui lui succ\u00e8de ?) La politique \u00e0 l\u2019\u00e9poque du d\u00e9gagisme se pr\u00e9sente sous la forme de services, de consommation et de performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Tels sont les nouveaux canaux d\u2019identification politique, ou bien la nouvelle politique de l\u2019identification : non pas identification avec des \u00ab projets&nbsp;\u00bb&nbsp; ou bien avec des \u00ab valeurs&nbsp;\u00bb&nbsp; politiques mais avec des personnages, des \u00ab&nbsp;<em>performeurs<\/em>&nbsp;\u00bb ; non plus des personnages au sens d\u2019\u00ab avatars&nbsp;\u00bb&nbsp; de la communaut\u00e9 et de ses mythes mais de fantasies collectives du succ\u00e8s personnel, nombre de projections personnelles &#8211; priv\u00e9es, quasi-politiques donc &#8211; sur des figures du succ\u00e8s. On peut donc traiter ce nouveau type de populisme aussi de&nbsp;&nbsp;<em>populisme du succ\u00e8s<\/em>. Le populisme du succ\u00e8s est une nouvelle forme de l\u2019\u00e9conomie libidinale du politique, autre que le culte de la personnalit\u00e9 : elle est fond\u00e9e sur la fantaisie de la personnalit\u00e9 en tant qu\u2019entit\u00e9 sp\u00e9culative, construite par des op\u00e9rations d\u2019ordre performatif et donc sp\u00e9culatif. Or le \u00ab public&nbsp;\u00bb&nbsp; est conscient du caract\u00e8re construit de la \u00ab personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp; par les m\u00e9dias &#8211; et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui est fascinant : le devenir-personnalit\u00e9 de la personne. Les arrivistes de la soci\u00e9t\u00e9, les sp\u00e9culateurs des capitaux immat\u00e9riaux, sont les incarnations des fantaisies collectives dans la soci\u00e9t\u00e9 de la performance. Le populisme m\u00e9diatique compte sur un charisme performatif ou sp\u00e9culatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la politique est la chose des formes de vie, alors le populisme performatif &#8211; populisme m\u00e9diatique, sp\u00e9culatif, du succ\u00e8s &#8211; est \u00e0 la fois essentiellement anti-politique&nbsp;<em>et<\/em>&nbsp;politique. La performance politique est l\u2019effacement des formes politiques, et donc elle est anti-politique ; cependant, malgr\u00e9 ses intentions, cette performance rouvre la question des formes politiques, de la mani\u00e8re la plus exacerb\u00e9e que ce soit. La question qui reste ouverte d\u00e8s lors, c\u2019est, comme toujours : quelle forme de politique ?<\/p>\n\n\n\n<h3 id=\"degagisme-et-philosophie\">D\u00c9GAGISME ET PHILOSOPHIE<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019aspect sp\u00e9cifique et tr\u00e8s curieux que je vais discuter en guise de conclusion, \u00e0 titre symptomatique aussi, est celui du rapport des deux Pr\u00e9sidents, celui de 2007 et celui de 2017, \u00e0 la philosophie. Le premier est celui qui avait laiss\u00e9 sortir du coeur la phrase \u00ab Je n\u2019ai jamais rien entendu d\u2019aussi stupide \u00bb au sujet d\u2019une des sentences d\u2019origine de la philosophie et de l\u2019anthropologie humaniste, la phrase de Socrate \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb. A quoi peut-on s\u2019attendre de la part de l\u2019ancien mauvais \u00e9tudiant, le repr\u00e9sentant d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019hooligans politiques, dont le gouvernement a failli supprimer le bac en philosophie ? En revanche, le jeune Pr\u00e9sident Macron se r\u00e9clame de la litt\u00e9rature et de la philosophie. Cultiv\u00e9, raffin\u00e9, de prime abord au moins, \u00e9l\u00e8ve et \u00e9tudiant brillant, qui a beaucoup tenu et finalement r\u00e9ussi \u00e0 bien instrumentaliser son image d\u2019ancienassistant de Paul Ricoeur, devenu \u00e9l\u00e9ment important de son&nbsp;<em>image-making<\/em>&nbsp;: \u00ab C\u2019est Ricoeur qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 faire de la politique parce qu\u2019il n\u2019en avait pas fait \u00bb&nbsp;<a><em>2<\/em><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi bon la philosophie, dans ces temps aussi anti-intellectuels que possible ? Mon hypoth\u00e8se : la&nbsp;<em>culturalisation<\/em>&nbsp;de la politique est une autre forme de la d\u00e9politisation, et donc du d\u00e9gagement. Litt\u00e9rature engag\u00e9e ; philosophie d\u00e9gag\u00e9e. Plus encore : la philosophie appara\u00eet ici, on peut l\u2019imaginer, en tant que paradigme de l\u2019op\u00e9ration performative-sp\u00e9culative. De ce point de vue, l\u2019apprenti-philosophe qui pr\u00e9tend que le secteur banquier lui donne la chance d\u2019une expansion de la philosophie par d\u2019autres biais (\u00ab parce qu\u2019elle [la banque] me paraissait plus libre et entrepreneuriale \u00bb&nbsp;<a><em>3<\/em><\/a>), r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement le paradigme sp\u00e9culatif : le paradigme du capital sp\u00e9culatif.Le capital sp\u00e9culatif appara\u00eet ici sous la forme de capital politique sp\u00e9culatif. La production de valeur politique &#8211; v\u00e9ritable performance m\u00e9diatique immat\u00e9rielle, pure sp\u00e9culation &#8211; reproduit ainsi le mod\u00e8le du capitalisme financier. Le \u00ab message \u00bb politique appara\u00eet d\u00e9sormais donc comme investissement de capital sp\u00e9culatif.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 un autre aspect particulier et non moins curieux mais qui va au-del\u00e0 de mon propos, notamment la question du rapport de ce virement performatif-sp\u00e9culatif \u00e0 une jeune mouvance philosophique \u00e0 la mode, surtout dans des contextes anglophones &#8211; celle du \u00ab r\u00e9alisme sp\u00e9culatif \u00bb&nbsp; ou du \u00ab nouveau r\u00e9alisme \u00bb, posant de graves probl\u00e8mes de point de vue non seulement de la r\u00e9flexion (ou plut\u00f4t de l\u2019absence de r\u00e9flexion) sur la subjectivation politique, mais du projet politique comme tel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, c\u2019est une autre histoire. Et s\u2019il y a toujours de la place pour d\u2019autres histoires, alors l\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Boyan Manchev (in Lignes n\u00b055: FINI, C\u2019EST FINI, \u00c7A VA&#8230;  <a class=\"excerpt-read-more\" href=\"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/critique\/performance-politique-politique-de-la-performance\/\" title=\"Read PERFORMANCE POLITIQUE, POLITIQUE DE LA PERFORMANCE\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[239,194],"tags":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2069"}],"collection":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2069"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2069\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3122,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2069\/revisions\/3122"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}