{"id":3847,"date":"2022-10-30T15:20:00","date_gmt":"2022-10-30T13:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/?p=3847"},"modified":"2022-11-14T11:52:31","modified_gmt":"2022-11-14T09:52:31","slug":"la-betise-de-la-foule-ou-le-peuple-a-venir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/critique\/la-betise-de-la-foule-ou-le-peuple-a-venir\/","title":{"rendered":"La b\u00eatise de la foule ou le peuple \u00e0 venir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>(In <strong>Revue <\/strong><em><strong><em>Lignes <\/em><\/strong><\/em><strong>n\u00b061, \u00abPour un nouvel internationalisme \u00bb, Paris, 2020.<\/strong>)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon hypoth\u00e8se de d\u00e9part va sans doute choquer. Mais elle est le r\u00e9sultat du choc que je ne peux plus \u00e9viter de vivre en permanence, le choc d\u2019entendre les \u00ab\u00a0\u00e9lites de la gauche critique\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0intellectuels critiques\u00a0\u00bb, ces anciens aristocrates du discours r\u00e9volutionnaire, tout comme ses professionnels, parler de la <em>b<\/em><em>\u00ea<\/em><em>tise<\/em> du peuple \u2013 la b\u00eatise du peuple qui par sonincapacit\u00e9 critiquedeviendrait aujourd\u2019hui la proie de toutes sortes d\u2019id\u00e9ologies n\u00e9fastes, de complots et de dirigeants malveillants, tout en embrassant sa nouvelle servitude, les v\u0153ux solennels de la d\u00e9mocratie tomb\u00e9s dans l\u2019oubli. Une exp\u00e9rience parfaitement transnationale en effet, qu\u2019on pourrait vivredepuis les anciens \u00ab\u00a0pays de l\u2019Est\u00a0\u00bb (dont la plupart forment aujourd\u2019hui la nouvelle avant-garde n\u00e9o-fasciste de l\u2019ancienne Europe) jusqu\u2019aux Temples des d\u00e9mocraties providentielles et leurs v\u00e9n\u00e9rables proph\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte scand\u00e9 par le rythme d\u2019une \u00e9motion <em>surcritique<\/em> n\u2019est qu\u2019une esquisse exp\u00e9rimentale. Il est m\u00fb par l\u2019admiration pour l\u2019intransigeance et le courage de tous ceux qui, minorit\u00e9 splendide, ne se sont pas laiss\u00e9 enivrer par l\u2019opium du populisme \u00e9litiste, ce dernier avan\u00e7ant sous le masque de la sagesse et de la vigilance critique, la critique anti-populiste qui stigmatise la \u00ab\u00a0b\u00eatise\u00a0\u00bb du peuple pour mieux camoufler sa propre impuissance \u2013 l\u2019inertie discursive scl\u00e9ros\u00e9e de l\u2019aristocratie \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, \u00e9gar\u00e9e dans sa Troisi\u00e8me voie, que j\u2019oppose \u00e0 l\u2019intransigeance et le courage de tous ceux qui, au contraire, n\u2019arr\u00eatent pas d\u2019enflammer l\u2019imagination.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE CAPITALISME PERVERS ET LA BESTIALISATION DE LA <\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>FOULE<\/strong><strong>\u00a0\u00bb<\/strong><strong>\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de substantialiser la b\u00eatise, je vais parler ici de processus biocapitaliste de <em>production de masse<\/em>. On pourrait \u00e9galement dire \u00ab\u00a0production de foule\u00a0\u00bb, d\u2019une foule \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb. Que signifie \u00ab production de masse\u00a0\u00bb ? Posons d\u2019abord ceci : la production de masse est un processus politique <em>an-anthropotechnique<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un ensemble de proc\u00e9dures de <em>bestialisation. <\/em>Autrement dit, c\u2019est une forme radicale de proc\u00e9dure de contr\u00f4le biopolitique qui permet \u00e0 l\u2019entit\u00e9 politique collective, appel\u00e9e \u00ab peuple\u00a0\u00bb, d\u2019\u00eatre r\u00e9duite \u00e0 et trait\u00e9e comme (ou au moins voulue et d\u00e9sir\u00e9e comme) une <em>foule. <\/em>Il n\u2019est point n\u00e9cessaire de revenir \u00e0 Hobbes, \u00e0 Le Bon ou \u00e0 Canetti, pour d\u00e9crire conventionnellement la foule comme une <em>masse<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire comme une <em>substance<\/em> non articul\u00e9e, imagin\u00e9e comme une sorte de ressource primaire quasi-naturelle, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9quivalence des flous (mat\u00e9riels, financiers, symboliques, cognitifs, affectifs), et ainsi assujettie aux proc\u00e9d\u00e9s de manipulation et de production biocapitalistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par quelques th\u00e8ses.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong>TH\u00c8SE 1<\/strong> :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>La production capitaliste rend l<\/em><em>\u2019<\/em><em>exploitation possible en produisant, avant tout autre produit, la (fiction de la) substance<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mode de production capitaliste produit la force de travail en r\u00e9duisant ainsi la puissance \u00e0 la productibilit\u00e9, \u00e0 la \u00ab&nbsp;substance&nbsp;\u00bb. Qu\u2019est-ce que la substance&nbsp;? Voici la th\u00e8se de Marx&nbsp;:\u00ab&nbsp;Le capital ne produit donc pas seulement du capital, il produit une masse ouvri\u00e8re croissante, la substance gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il peut seul fonctionner comme capital additionnel. (\u2026) Le travail produit ses conditions de production comme <em>capital<\/em>, et le capital produit le travail comme moyen de r\u00e9aliser le capital, comme travail salari\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\"><sup>[i]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, dans un premier temps, la substance appara\u00eet comme une op\u00e9ration modale d\u2019absorption de la puissance \u2013 \u00ab&nbsp;substance inf\u00e9rieure&nbsp;\u00bb selon la th\u00e8se aristot\u00e9licienne \u2013 par la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019acte. Le type de la substance capitaliste n\u2019est autre que la substance du type&nbsp;: l\u2019\u00e9quivalence et la r\u00e9versibilit\u00e9 d\u2019un flux \u00e9gal. Or la production de substance veut dire r\u00e9duction de la puissance \u00e0 une \u00e9quivalence, \u00e0 l\u2019\u00e9changeabilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une ressource manipulable, exploitable et contr\u00f4lable. Il s\u2019agit donc d\u2019une quasi-substance, d\u2019une \u00ab&nbsp;fausse&nbsp;\u00bb substance par excellence, dans la mesure o\u00f9 elle est nourrie, produite, par une activit\u00e9 qui n\u2019a aucune autre n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab&nbsp;substantielle&nbsp;\u00bb que celle de l\u2019absorption de la puissance&nbsp;: son accumulation. La substance n\u2019est que la <em>fiction<\/em> de la substance&nbsp;: la substance est appropriation de la puissance par la n\u00e9cessit\u00e9 quasi-substantielle de l\u2019accumulation et de l\u2019\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<p>La substance n\u2019est pas autre chose que la fiction de la substance en tant que <em>productibilit<\/em><em>\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en tant que condition de possibilit\u00e9 de la production. La productibilit\u00e9 n\u2019est pas donn\u00e9e : c\u2019est elle qui est le premier sujet de la production. L\u2019exploitation est possible dans le processus de production pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la productibilit\u00e9 est productible.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong>TH\u00c8SE <\/strong>2 :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>La productibilit<\/em><em>\u00e9 <\/em><em>est productible<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, s\u2019emparer de la puissance (de la vie) est le premier geste d\u2019une r\u00e9duction totalisante : notamment la production de<a href=\"#_edn2\" id=\"_ednref2\">[ii]<\/a> substance. Car seule la substance peut \u00eatre poss\u00e9d\u00e9e ou domin\u00e9e, non pas la puissance. Ainsi, la production de substance est la condition n\u00e9cessaire de toute exploitation ; elle est la seule mani\u00e8re de dominer la puissance, y compris la puissance distinctive de toute forme subjective, qu\u2019on d\u00e9crit conventionnellement comme puissance de transformation. Autrement dit, la puissance doit \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 la substance sous la forme d\u2019une puissance totale et homog\u00e8ne qui rend possible l\u2019emprise exerc\u00e9e sur elle. La substance-productibilit\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre que la r\u00e9duction des puissances singuli\u00e8res, et par cons\u00e9quent irr\u00e9ductibles, non-\u00e9changeables, des corps-sujets, par la production d\u2019une productibilit\u00e9 abstraite qui les englobe pour tenter de les ma\u00eetriser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le capitalisme post-fordiste (pour ma part je tends \u00e0 l\u2019appeler capitalisme <em>pervers<\/em>&nbsp;ou <em>performant<\/em><a href=\"#_edn3\" id=\"_ednref3\"><sup>[iii]<\/sup><\/a>) radicalise l\u2019op\u00e9ration de base du capitalisme, l\u2019op\u00e9ration de production de substance \u2013 de <em>productibilit<\/em><em>\u00e9<\/em> \u2013, en tentant de capter et de rendre productible la puissance elle-m\u00eame : produire non pas la productibilit\u00e9 mais la puissance en tant que telle, pour le dire avec l\u2019emphase de Paolo Virno <a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\"><sup>[iv]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong><strong>TH\u00c8SE <\/strong><\/strong>3 :<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Le trait distinctif du capitalisme pervers est donc une triple r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>duction : la r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>duction de la puissance biopolitique <\/em><em>\u00e0<\/em><em> <\/em><em>une substance, la r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>duction du sujet-corps collectif <\/em><em>\u00e0<\/em><em> <\/em><em>une ressource d<\/em><em>\u2019<\/em><em>exploitation, et enfin &#8211; cons<\/em><em>\u00e9<\/em><em>quence ultime et radicale <\/em><em>\u2013<\/em><em> <\/em><em>la r<\/em><em>\u00e9<\/em><em>duction de la vie elle-m<\/em><em>\u00ea<\/em><em>me <\/em><em>\u00e0<\/em><em> <\/em><em>une marchandise<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le capitalisme pervers, la vie n\u2019est plus seulement un substrat pour l\u2019\u00e9conomie, mais son produit final. Il faudrait donc penser le capitalisme pervers en tant que forme de production radicalement nouvelle \u2013 en tant que <em>biocapitalisme<\/em>. Le biocapitalisme produit les formes de vie, en les r\u00e9duisant \u00e0 des marchandises, \u00e0 des mod\u00e8les de subjectivit\u00e9 sous forme de produit typ\u00e9, tentant de s\u2019approprier ainsi la puissance cr\u00e9atrice de formes de vie singuli\u00e8res, l\u2019espace du devenir-sujet des formes de vie, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019espace propre du politique \u2013 l\u2019espace de la formation de formes d\u2019existence commune. Les formes de vie singuli\u00e8res deviennent ainsi des singularit\u00e9s uniformes et simul\u00e9es, entrant dans le r\u00e9seau d\u2019\u00e9change : les formes de vie sont r\u00e9duites \u00e0 des marchandises planifi\u00e9es, mesur\u00e9es et soumises \u00e0 des techniques de contr\u00f4le. Aujourd\u2019hui le consum\u00e9risme standard \u2013 l\u2019exc\u00e8s du haut capitalisme fordiste, de son \u00e2ge d\u2019or, celui dont la fatigue enflammerait de nouveau la pulsion insurrectionnelle selon Baudrillard dans <em>La soci<\/em><em>\u00e9<\/em><em>t<\/em><em>\u00e9<\/em><em> <\/em><em>de consommation<\/em> \u2013 est remplac\u00e9 par la production de matrices de subjectivation, la matrice de sa propre performance mais aussi des \u00e9chelles de sa propre qualification : la mesure du succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la nouvelle masse est une masse de clients. Le programme du biocapitalisme est le programme d\u2019une client\u00e8le globale : niveler des d\u00e9sirs par le bas, par une affectivit\u00e9 non-critique, \u00ab\u00a0b\u00eate\u00a0\u00bb, ab\u00eemant l\u2019intelligence propre \u00e0 l\u2019affection collective \u2013 sa puissance critique latente \u2013 et ainsi ab\u00eemer les possibilit\u00e9s de production du commun. Certes, Gorz a bien eu raison, il n\u2019y a rien de rationnel \u00e0 la base de la raison \u00e9conomique. Sa pseudo-efficacit\u00e9 extr\u00eame est contre-productive : il faut parler d\u2019abord de la b\u00eatise du capital. C\u2019est d\u2019abord le capital qui est b\u00eate \u2013 et c\u2019est pour cette raison qu\u2019il a besoin de b\u00eatise. N\u00e9anmoins, derri\u00e8re les pulsions anti-\u00e9conomiques du capitalisme contemporain, dont l\u2019issue est sans doute l\u00e9tale, il y a une raison bien rationnelle : ab\u00eemer le commun. Ab\u00eemer le commun est beaucoup plus grave que d\u00e9faire le lien social : c\u2019est affecter le c\u0153ur m\u00eame de l\u2019existence commune, de l\u2019\u00eatre politique \u2013 de la vie collective des \u00eatres. On peut donc d\u00e9crire \u00ab\u00a0la b\u00eatise g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb comme le processus d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9ductrice \u2013 donc d\u2019\u00e9puisement \u2013 de la puissance commune. L\u2019op\u00e9ration de bestialisation s\u2019effectue en d\u00e9clenchant une force oppos\u00e9e \u00e0 la <em>volont<\/em><em>\u00e9<\/em> <em>g<\/em><em>\u00e9<\/em><em>n<\/em><em>\u00e9<\/em><em>rale<\/em> : une contre-volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, si l\u2019on veut. La <em>b<\/em><em>\u00ea<\/em><em>tise<\/em> n\u2019est donc pas autre chose qu\u2019une mani\u00e8re de d\u00e9samorcer la puissance du commun. Une telle r\u00e9duction de l\u2019existence politique \u2013 l\u2019effacement simultan\u00e9 du singulier et du commun \u2013 est la condition <em>sine qua non<\/em> du r\u00e9gime biocapitaliste. On peut d\u00e9crire ce processus en tant que <em>fascisation<\/em> \u2013 litt\u00e9ralement l\u2019unification des faisceaux : une production de masse de type fasciste.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong><strong>TH\u00c8SE <\/strong><\/strong>4 : <\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Le fascisme performatif d<\/em><em>\u2019<\/em><em>aujourd<\/em><em>\u2019<\/em><em>hui est le <\/em>fascisme sans commun<em> : ce n<\/em><em>\u2019<\/em><em>est pas la communaut<\/em><em>\u00e9<\/em><em> <\/em><em>de ceux qui n<\/em><em>\u2019<\/em><em>ont pas de communaut<\/em><em>\u00e9<\/em><em> <\/em><em>; c<\/em><em>\u2019<\/em><em>est l<\/em><em>\u2019<\/em><em>ensemble sans commun de ceux d<\/em><em>\u00e9<\/em><em>pourvus de commun. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si la forme moderne de la <em>bestialisation<\/em> de la \u00ab\u00a0foule\u00a0\u00bb implique son exclusion du domaine politique (comme dans le cas paradigmatique hobb\u00e9sien), la forme \u00ab\u00a0postmoderne\u00a0\u00bb actuelle repr\u00e9sente au contraire sa suspension, l\u2019annulation de la vie politique \u00e9tant transform\u00e9e en un \u00ab \u00e9tat animal \u00bb (selon la c\u00e9l\u00e8bre expression du proph\u00e8te de la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9o-lib\u00e9rale \u00ab post-politique \u00bb Alexandre Koj\u00e8ve, qui l\u2019utilise pour d\u00e9finir l\u2019existence \u00ab\u00a0post-historique \u00bb) \u2013 une formule que Koj\u00e8ve a adapt\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e8bre note de lapage 436 de la seconde \u00e9dition de son <em>Introduction <\/em><em>\u00e0<\/em><em> <\/em><em>la lecture de Hegel <\/em>par la formule tr\u00e8s diff\u00e9rente de \u00ab snobisme japonais \u00bb ou \u00ab esth\u00e9tique \u00bb. En fait, c\u2019est la synth\u00e8se de ces deux formules h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, pour ne pas dire contradictoires, qui permet de d\u00e9crire le plus clairement la domination structurelle de la situation actuelle : la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd\u2019hui est une situation de \u00ab snobisme bestial \u00bb. Dans un sens, ce \u00ab snobisme bestial \u00bb a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 par le nouvel ap\u00f4tre de Koj\u00e8ve, Francis Fukuyama, il y a vingt ans. Dans son c\u00e9l\u00e8bre opus <em>La fin de l<\/em><em>\u2019<\/em><em>histoire et le dernier homme<\/em>, scandant la r\u00e9alisation de l\u2019utopie post-historique de son ma\u00eetre de pens\u00e9e, sous la forme d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale mondiale posthistorique, il annon\u00e7ait pr\u00e9cis\u00e9ment le \u00ab style de vie \u00bb comme la fin du politique. \u00c0 la place des formes politiques s\u2019imposent les <em>styles de vie<\/em>, disons plus abstraitement les \u00ab modes de vie \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la justification particuli\u00e8re de formes de vie typ\u00e9es, associant la r\u00e9gression au particularisme animal pr\u00e9-politique aux formes de production de vie promues par le biocapitalisme contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 la place du sujet politique collectif, ou de l\u2019utopie moderne d\u2019un sujet-humanit\u00e9, d\u2019une <em>sur-humanit<\/em><em>\u00e9<\/em>, humanit\u00e9 des communes, des soviets, ou des singularit\u00e9s sauvages, les ap\u00f4tres post-modernes et post-historiques de la politique ont fantasm\u00e9 une nouvelle humanit\u00e9 \u00ab bestiale \u00bb. Apr\u00e8s la politique, il n\u2019y aurait que des b\u00eates : l\u2019utopie du snobisme animal veut une humanit\u00e9 bestiale, donc <em>b<\/em><em>\u00ea<\/em><em>te<\/em>. L\u2019utopie des formes de vie apr\u00e8s la vie politique, l\u2019utopie apolitique r\u00e9veille sans embarras ce que les grecs appelaient \u00ab\u00a0<em>apolis<\/em> \u00bb \u2013 une forme d\u2019existence pire que la mort, o\u00f9 l\u2019existence devient aussi infime et ignoble que la non-existence, sans l\u2019\u00e9conomie de la finitude. Or l\u2019humanit\u00e9 bestiale devrait choisir volontairement la non-existence hors de la <em>super-proth<\/em><em>\u00e8<\/em><em>se<\/em> de la vie collective organis\u00e9e, la vie politique. N\u00e9anmoins, ce ne serait pas le fait d\u2019une exclusion, mais le fait de l\u2019induction d\u2019un d\u00e9sir et d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 structurelle de vivre dans l\u2019illusion de l\u2019\u00e9panouissement des d\u00e9sirs et des pulsions naturelles \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une pl\u00e9nitude de l\u2019existence retrouv\u00e9e. Ainsi cette \u00ab humanit\u00e9 \u00bb, son propre simulacre, tombe dans le pi\u00e8ge d\u2019une forme d\u2019auto-exploitation dissimul\u00e9e comme r\u00e9alisation du d\u00e9sir. Or si cette humanit\u00e9 programm\u00e9e est \u00ab b\u00eate \u00bb, c\u2019est que son exploitation \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire sa r\u00e9duction \u00e0 une ressource \u00ab naturelle \u00bb \u2013 est voulue. C\u2019est la nouvelle servitude volontaire, la servitude d\u2019une humanit\u00e9 <em>b<\/em><em>\u00ea<\/em><em>te <\/em>\u00ab s\u2019\u00e9clatant \u00bb vendredi soir, la nuit dans les clubs, dans les stades, devant les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, dans les centres commerciaux, dans ses voitures, dans ses lits. Apr\u00e8s la dictature morale de la bourgeoisie, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019universalisation de la raison \u00e9conomique bourgeoise en tant que syst\u00e8me politico-moral quasi-substantiel, le temps est venu du pseudo-h\u00e9donisme libertaire, de la mythologie du succ\u00e8s et de la richesse, et de ses rites scabreux. Cette humanit\u00e9 bestiale, le fantasme des esclavagistes post-historiques, habite l\u2019illusion post-politique qui en effet politise radicalement la vie m\u00eame des sujets : la forme de production biopolitique ou biocapitaliste qui va jusqu\u2019\u00e0 effacer la conscience et la sensibilit\u00e9 politique en tant que telle.<\/p>\n\n\n\n<p>La production de foule sonne donc le glas de l\u2019\u00e9nergie critique, de la puissance de r\u00e9sistance, en l\u2019absorbant dans l\u2019\u00e9conomie restreinte d\u2019un individualisme conformiste, en r\u00e9duisant l\u2019acte \u00e9mancipateur du devenir-sujet \u00e0 un modus vivendi de consommateur individualiste \u2013 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 du consommateur. En fin de compte, la production de b\u00eatise de masse a un seul but : \u00e9touffer la puissance de subjectivation collective, pour rendre impossible tout processus \u00e9mancipateur. La production de cette substance \u00ab postmoderne\u00a0\u00bb signifie donc l\u2019annulation de la puissance critique, la r\u00e9duction de la r\u00e9sistance. Elle impose le principe de r\u00e9sistance minimale \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9duit l\u2019espace et la possibilit\u00e9 de la lutte politique. L\u2019expulsion de l\u2019<em>agon<\/em> permet la destruction de l\u2019espace critique du politique, condition pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019imposition d\u2019un r\u00e9gime d\u2019exploitation se voulant apolitique. Nous en arrivons donc \u00e0 la question de la puissance de r\u00e9sistance des formes de vie et, par cons\u00e9quent, des luttes politiques dans cette situation fondamentalement transform\u00e9e.<strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3><strong>LA MASSE-NATION : LA TOTALISATION DU COMMUN<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il de la production du sujet collectif dans cette situation ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les peuples modernes, les peuples \u2013 imagin\u00e9s dans la modernit\u00e9 bourgeoise, et au-del\u00e0, comme les sujets collectifs des \u00c9tats-nations \u2013 deviennent un conglom\u00e9rat de particularit\u00e9s atomis\u00e9es, dont le seul mod\u00e8le commun est leur matrice uniforme, la g\u00e9n\u00e9ralisation d\u2019une marchandise particuli\u00e8re : la globalisation typ\u00e9e de la forme de vie transform\u00e9e en marchandise. De prime abord, ces proc\u00e9d\u00e9s imposent des structures d&#8217;\u00e9quivalence mondialis\u00e9e qui annulent non seulement les diff\u00e9rences locales mais aussi les singularit\u00e9s collectives, voire les \u00e9radiquent. \u00c9voquer le destin des peuples de l\u2019Amazonie nous sauverait de l\u2019embarras de ne pas m\u00eame pouvoir nommer les myriades de formes de vie singuli\u00e8res et collectives en voie d\u2019\u00e9radication brutale et pass\u00e9es sous silence global, d\u2019autant plus sinistre et ex\u00e9crable.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce cadre qu\u2019il nous faudrait aborder la r\u00e9surgence actuelle des nationalismes. \u00c9videmment ils sont le r\u00e9sultat d\u2019une induction id\u00e9ologique par le m\u00e9ga-appareillage de l\u2019\u00e9tat. Or ce n\u2019est plus ni l\u2019\u00e9tat moderne ni le nationalisme classique. Si les m\u00e9dias de la production imaginaire des nations \u00e9taient li\u00e9s \u00e0 des processus d\u2019\u00e9mancipation collective apr\u00e8s les r\u00e9volutions bourgeoises, qui aboutissaient par la suite aux plus ex\u00e9crables cons\u00e9quences \u2013 chauvinismes, colonialismes, antis\u00e9mitisme, le resurgissement actuel des nationalismes puise dans la fausse opposition induite par les proc\u00e9d\u00e9s en cours\u00a0: l\u2019opposition entre global et local. La canalisation de la pulsion de r\u00e9sistance contre les m\u00e9canismes h\u00e9g\u00e9moniques, reconnus \u00e0 juste titre comme le v\u00e9ritable ennemi, aboutit \u00e0 la fiction de l\u2019auto-victimisation du local (qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 local depuis que l\u2019organisation des humains existe). L\u2019abrutissement de la sensibilit\u00e9 critique, de l\u2019affection collective, en vue de sa canalisation, est une des t\u00e2ches du nouveau monopole biocapitaliste. En fait, tout comme le communisme bureaucratique \u00e9tatique chinois a prouv\u00e9 sa compl\u00e9mentarit\u00e9 avec le syst\u00e8me de production h\u00e9g\u00e9monique, les nouveaux protectionnismes id\u00e9ologiques sous forme de nationalisme d\u2019\u00e9tat induisant des affections collectives <em>b<\/em><em>\u00ea<\/em><em>tes<\/em> se sont montr\u00e9s non moins viables. Ainsi, on peut consid\u00e9rer, en simplifiant de mani\u00e8re op\u00e9ratoire, la r\u00e9surgence des peuples-nations comme une r\u00e9action canalis\u00e9e contre le processus de massification globale, donc de production massive de b\u00eatise.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat bourgeois n\u2019\u00e9tant que le camouflage de la prol\u00e9tarisation globale du travail et de la globalisation du capital, l\u2019id\u00e9e classique de l\u2019internationalisme \u2013 celle de l\u2019\u00e9poque des r\u00e9volutions de 1848 et de la Premi\u00e8re Internationale \u2013 peut \u00eatre entendue seulement dans la logique d\u2019un d\u00e9passement et d\u2019une transformation de ce cadre, proposant un front commun des luttes. <em>Le Manifeste du Parti communiste <\/em>\u00e9tait lucide \u00e0 ce propos : \u00ab\u00a0En outre, on a accus\u00e9 les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalit\u00e9. Les ouvriers n\u2019ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu\u2019ils n\u2019ont pas. (\u2026) Abolissez l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, et vous abolirez l\u2019exploitation d\u2019une nation par une autre nation. Du jour o\u00f9 tombe l\u2019antagonisme des classes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la nation, tombe \u00e9galement l\u2019hostilit\u00e9 des nations entre elles\u00a0\u00bb.Que dire un si\u00e8cle plus tard ? Marx et Engels n\u2019ont pu vivre ni la gloire du projet d\u2019internationalisme communiste r\u00e9volutionnaire, ni, heureusement, sa triste faillite. Un si\u00e8cle apr\u00e8s la mort de Marx, tout avait l\u2019air d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre des visions du <em>Manifeste<\/em> : l\u2019\u00c9tat-nation a surv\u00e9cu, sans se dissoudre dans l\u2019horizon imp\u00e9rial de la nouvelle h\u00e9g\u00e9monie capitaliste plan\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent l\u2019internationalisme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la mondialisation ne voudrait pas dire autre chose que la transformation des conditions m\u00eames de cette transformation. Pour r\u00e9pondre \u00e0 la question du nouvel internationalisme, il nous faudrait d\u2019abord \u00e9lucider les modes par lesquels on pourrait d\u2019une part <em>d<\/em><em>\u00e9<\/em><em>sindividuer<\/em> les nations, comme nous le propose Fr\u00e9d\u00e9ric Neyrat, et, d\u2019autre part, d\u00e9samorcer les proc\u00e9d\u00e9s de massification. Il faut donc imaginer d\u2019abord les nouvelles formes de d\u00e9sint\u00e9gration des sujets collectifs typ\u00e9s, pour d\u00e9fricher le terrain permettant de penser les nouvelles possibilit\u00e9s de production de commun. Il nous faut commencer \u00e0 d\u00e9samorcer les machines psycho-sociales, qui induisent des d\u00e9sirs et des comp\u00e9titions mim\u00e9tiques, en nivelant par le bas l\u2019\u00e9nergie collective comme ressource de la production biocapitaliste, sans un r\u00e9el contact ou \u00e9change entre les singularit\u00e9s, sans solidarit\u00e9 de leurs actions. Dans ce sens-l\u00e0, la question du nouvel internationalisme est aussi la question des nouvelles <em>trans-techniques<\/em>, techniques de subjectivation trans-sociales et transnationales, qui permettront l\u2019\u00e9mergence des constellations subjectives, re-subjectivant la masse conformiste du capitalisme pervers global, y compris le nivellement global de la forme de la diff\u00e9rence en tant que <em>con<\/em>&#8211;<em>forme<\/em>, o\u00f9 la diff\u00e9rence est en effet pr\u00e9-model\u00e9e et pr\u00e9-d\u00e9termin\u00e9e selon le nouvel ordre d\u2019un conformisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>LA TOTALISATION DU COMMUN CONTRE LA SINGULARISATION DE L\u2019UNIVERSEL<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Incontestablement, la question de l\u2019internationalisme est une question sur le commun. Or la base d\u2019un nouvel internationalisme ne pourrait \u00eatre que celle d\u2019un commun universel \u2013 d\u2019une puissance commune qui transcenderait non seulement les fronti\u00e8res nationales, mais aussi et surtout les identifications de groupe particuli\u00e8res et particularistes, d\u00e9samor\u00e7ant ainsi leur base techno-\u00e9conomique et leur appareillage \u00e9tatique. Pour \u00e9claircir les dimensions de ce conflit, il faut distinguer au pr\u00e9alable les formes actuelles de substitution du commun : c\u2019est la condition pour d\u00e9fricher le terrain pour un internationalisme \u00e9mancip\u00e9, pour une lib\u00e9ration du commun. Ici, je ne peux qu\u2019esquisser quelques pistes, \u00e9labor\u00e9es plus syst\u00e9matiquement ailleurs<a id=\"_ednref5\" href=\"#_edn5\"><sup>[v]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que le premier \u00ab\u00a0faux pr\u00e9tendant\u00a0\u00bb pour la place du commun universel est celui qu\u2019on vient de discuter : le commun total du capitalisme pervers.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong>1. LE COMMUN <em>TOTAL<\/em> : LA TOTALISATION PRIVATIVE DU COMMUN<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons : l\u2019op\u00e9ration de base du capitalisme pervers est la privatisation du commun. La t\u00e2che parfaitement intentionnelle, voire la force motrice du r\u00e9gime de gouvernance h\u00e9g\u00e9monique actuel, est ni plus ni moins celle-ci : l\u2019abolition du commun. La grande diff\u00e9rence avec le pass\u00e9, c\u2019est que la tentative d\u2019annihiler le commun ne proc\u00e8de plus d\u2019une violence directe, mais d\u2019une sorte de d\u00e9tournement, de l\u2019essai de capter le commun en le totalisant, en substantialisant sa puissance. Ce qui \u00e9quivaut \u00e0 dire : il tente de neutraliserla puissance productrice du commun par la production alternative d\u2019une substance homog\u00e8ne : la production de <em>non-commun<\/em>. La forme du non-commun est l\u2019effet de la totalisation des flux d\u2019\u00e9change : tout est \u00e9changeable \u2013 march\u00e9s, capitaux, finances. Les formes de vie, les rapports sociaux sont en effet la nouvelle forme du capital.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, semble-t-il au moins, le capitalisme contemporain a abouti \u00e0 son horizon ultime o\u00f9 il peut s\u2019\u00e9panouir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini \u2013 ou bien s\u2019ab\u00eemer : c\u2019est l\u2019horizon de la transformabilit\u00e9. Cette situation structurellement nouvelle ne change en rien le fameux trait distinctif du capitalisme tel qu\u2019on le conna\u00eet depuis le <em>Manifeste communiste<\/em> :\u00a0 \u00ab\u00a0Tout ce qui est solide se dissout dans l\u2019air\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est sa version la plus radicale. De ce point de vue, le capitalisme pervers d\u2019aujourd\u2019hui appara\u00eet comme l\u2019horizon transhistorique du capitalisme \u00ab\u00a0en tant que tel\u00a0\u00bb. En ce sens oui, tout capitalisme est pervers.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>2. LE COMMUN PARTICULIER : SOCIALISME D\u2019\u00c9TAT ET PARTICULARISME<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La forme du commun, oppos\u00e9e \u00e0 sa totalisation capitaliste, est celle promue par les discours du socialisme d\u2019\u00c9tat, et d\u2019un nombre d\u2019\u00c9tats-providence \u2013 celle d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 commune qui, effectivement, n\u2019est que la forme de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e collective ou publique. Toute en pr\u00e9sentant des traits d\u2019apparence incompatible avec ceux des politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales, d\u2019un point de vue structurel le bien commun globalis\u00e9 sous forme de propri\u00e9t\u00e9 publique ou \u00e9tatique se fonde sur des r\u00e9alit\u00e9s historiques qui ne diff\u00e8rent pas fondamentalement de celles du capitalisme, et les r\u00e9formes de Otto von Bismarck, imposant la forme de <em>Staatssozialismus<\/em>, le d\u00e9montrent suffisamment bien. La r\u00e9alit\u00e9 historique des pays de \u00ab\u00a0communisme d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb en est un autre exemple \u00e9loquent : malgr\u00e9 son statut l\u00e9gal, l\u2019acc\u00e8s au bien public est demeur\u00e9 in\u00e9gal, ne transformant en rien le fond d\u2019injustice du r\u00e9gime capitaliste. La nationalisation n\u2019est pas n\u00e9cessairement production de commun, mais production d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d\u2019\u00c9tat, comme la Nouvelle politique \u00e9conomique (NEP) adopt\u00e9e en Russie bolch\u00e9vique en 1921 l\u2019a bien montr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette distinction est quasiment identique \u00e0 celle propos\u00e9e par Michael Hardt dans son article \u00ab\u00a0The Common in Communism\u00a0\u00bb (2010)<a id=\"_ednref6\" href=\"#_edn6\"><sup>[vi]<\/sup><\/a>, syst\u00e9matisant \u00e0 son tour les th\u00e8ses de lui-m\u00eame et Negri sur le <em>Commonwealth<\/em> (2009, \u00e9dition fran\u00e7aise 2014). En fait, Hardt l\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un trin\u00f4me dont le troisi\u00e8me membre est le <em>commun communiste<\/em>, \u00e9videmment soutenu par Hardt, qui persiste dans la volont\u00e9 d\u2019imaginerune puissance lib\u00e9ratrice immanente \u00e0 la situation actuelle. Comme on le sait bien, selon Negri et Hardt ce serait la situation o\u00f9 le capitalisme devient effectivement son propre fossoyeur.C\u2019est le point sur laquelle je me dissocie en partie de la typologie de Negri et Hardt dans la mesure o\u00f9 je reste r\u00e9serv\u00e9 quant \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9mancipation interne des r\u00e9gimes capitalistes actuels, \u00e0 la base de la supposition du r\u00f4le croissant du commun dans ses modes de production dominants. \u00c0 la base de la th\u00e8se introduite ici, les motifs de ce scepticisme peuvent \u00eatre suffisamment clairs : le capitalisme ne d\u00e9pend en rien du commun, tout au contraire. Certes, Hardt a raison de souligner dans la lign\u00e9e de Marx le rapport entre le capital et la production sociale ; n\u00e9anmoins, il ne s\u2019agirait d\u2019un rapport social que dans l\u2019\u00e9conomie s\u00e9mantique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 abolir elle-m\u00eame \u2013 ce \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb est le tissu qui soutient l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du capital. De ce point de vue, ma th\u00e8se se rapproche plut\u00f4t de celle de Virno, \u00e9voqu\u00e9e plus haut, concernantl\u2019appropriation de la puissance en tant que puissance par le <em>capitalisme<\/em> <em>pervers<\/em>. Cette fois-ci avec cette r\u00e9serve de fond : la puissance ne pourrait jamais \u00eatre capt\u00e9e jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong>3. LE COMMUN PRIMITIF : <em>THE<\/em> <em>COMMONS<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En plus, il me semble n\u00e9cessaire d\u2019apporter des distinctions ult\u00e9rieures concernant les formes ou plut\u00f4t les structures du commun imagin\u00e9es par les diff\u00e9rentes mouvances de la pens\u00e9e politique de la gauche radicale. Faute de place, je ne peux d\u00e9velopper en d\u00e9tail cette analyse ici. Il faudrait n\u00e9anmoins souligner son importance pour l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouvel internationalisme : une fois de plus, affirmons que les enjeux du nouvel internationalisme passent par la capacit\u00e9 d\u2019imaginer les nouvelles formes de production de commun. Une analyse approfondie devrait s\u2019arr\u00eater sur d\u2019autres \u00ab\u00a0pr\u00e9tendants \u00bb pour la place du commun universel, qui permettraient l\u2019\u00e9mergence d\u2019un internationalisme qui transcenderait irr\u00e9versiblement les fronti\u00e8res des sujets collectifs particuliers que sont les nations, l\u2019av\u00e8nement d\u2019un sujet-humanit\u00e9 tout court. Parmi les propositions radicales dominantes aujourd\u2019hui il faudrait certainement noter le discours sur les \u00ab\u00a0<em>communs<\/em> \u00bb, <em>the<\/em> <em>commons<\/em>, marqu\u00e9 par l\u2019av\u00e8nement du mouvement zapatiste et utilis\u00e9 par de nombreuses mouvances altermondialistes, tout en \u00e9tant repris par des philosophes politiques d\u2019envergure comme, entre autres, Silvia Federici ou David Harvey. Sans pouvoir m\u2019y arr\u00eater en d\u00e9tail, je ne peux pas ne pas noter qu\u2019au sein de ce discours \u00e9mergent souvent des visions r\u00e9tro-utopiques, fr\u00f4lant le risque d\u2019une \u00ab\u00a0discrimination identitaire positive \u00bb, notamment la stigmatisation \u00ab\u00a0positive \u00bb des cultures par leur identit\u00e9. Or non seulement l\u2019identit\u00e9 nationale est une fiction : l\u2019identit\u00e9 traditionnelle l\u2019est aussi bien. Il n\u2019y a pas de culture sans dynamique immanente, donc sans transformation ; si l\u2019existence est en commun, elle n\u2019en est pas moins en transformation permanente. Ces visions utopiques \u2013 des utopies en acte \u2013 sont n\u00e9cessaires ; sans elles tout serait perdu. Mais une utopie ne peut \u00eatre entendue seulement comme projet r\u00e9actif voire protectionniste : cela r\u00e9duirait sa dynamique motrice \u00e0 une solidit\u00e9 de type pr\u00e9-moderne, \u00e0 une substance communautaire<a id=\"_ednref7\" href=\"#_edn7\"><sup>[vii]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or le commun doit \u00eatre produit sans cesse, sans pour autant \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9 : il est l\u2019exc\u00e8s pur de l\u2019existence. Le capitalisme pervers est l\u2019essai de substantialiser l\u2019op\u00e9ration du commun, c\u2019est-\u00e0-dire la <em>transformabilit<\/em><em>\u00e9<\/em> m\u00eame de l\u2019existence, afin de l\u2019approprier. Le capitalisme ne peut que tenter de l\u2019\u00e9puiser, d\u2019enlever sa puissance, d\u2019en faire un barrage pour capter son \u00e9nergie. Mais le commun n\u2019est pas une propri\u00e9t\u00e9 : le commun, c\u2019est l\u2019inappropriable de l\u2019existence m\u00eame, ce qui exc\u00e8de toujours toute propri\u00e9t\u00e9. Le commun est singulier dans ce sens-l\u00e0 : il est non seulement inappropriable, il d\u00e9fait la propri\u00e9t\u00e9. Il d\u00e9fie le principe \u00e9conomique m\u00eame : le commun ne s\u2019\u00e9change pas. Le commun est l\u2019exc\u00e8s du principe \u00e9conomique. L\u2019exc\u00e8s est le sch\u00e8me de base du commun et donc le commun est le principe excessif de l\u2019existence elle-m\u00eame : tel est le fondement dynamique de toute <em>cosmopolitique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3><strong><strong>LE PEUPLE QUI VIENT<\/strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>\u00ab&nbsp;La volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est pure tension, pur survenir ou revenir, elle survient et revient en chacun aussit\u00f4t que s\u2019entrouvre en lui une porte donnant sur une forme de vie \u00e9largie. R\u00e9volt\u00e9e ou visionnaire, cette ouverture est une pure potentialit\u00e9, une pure disposition \u00e0 vivre autrement&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_edn8\" id=\"_ednref8\"><sup>[viii]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Nous arrivons ainsi \u00e0 la question de la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0nouvelles armes \u00bb. Nulle critique n\u2019est effective sans une action, donc sans une <em>surcritique<\/em> : ce qui exc\u00e8de la critique telle que la professent les \u00ab\u00a0intellectuels critiques \u00bb. Le \u00ab\u00a0peuple \u00bb, les peuples, exigent leurs armes critiques, les armes leur permettant de manifester leur r\u00e9sistance latente. Les peuples n\u2019ont jamais d\u00e9sert\u00e9 la r\u00e9sistance pour se plier devant la manipulation biocapitaliste. Les nouvelles armes <em>surcritiques<\/em> sont donc d\u2019abord les outils de la <em>d<\/em><em>\u00e9<\/em><em>s-individuation<\/em> : la d\u00e9sindividuation de la masse typ\u00e9e. Cette d\u00e9sindividuation ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019invention desnouvelles <em>tekhna<\/em><em>\u00ef<\/em> d\u2019une subjectivation collective pol\u00e9mique, donc de l\u2019individuation de nouvelles formes d\u2019existence commune, c\u2019est-\u00e0-dire politique \u2013 de nouvelles formes <em>surcritiques<\/em> du commun. L\u2019imp\u00e9ratif politique d\u2019aujourd\u2019hui est celui de l\u2019invention, de la cr\u00e9ativit\u00e9 : \u00e0 l\u2019\u00e9poque du capitalisme \u00ab\u00a0cr\u00e9atif \u00bb, l\u2019imagination politique du nouveau sujet doit \u00eatre plus rapide, plus puissante, plus intransigeante.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne suffit plus de simplement projeter toute la responsabilit\u00e9 de la situation actuelle sur le capitalisme et les monopoles ou bien l\u2019\u00c9tat et la bureaucratie. Il faut comprendre les nouveaux agencements, leur intelligence transindividuelle, leur puissance affective, leur puissance productrice, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019agissait que de production de fausse substance, pour r\u00e9veiller ainsi l\u2019intelligence premi\u00e8re, mobilis\u00e9e dans cette nouvelle \u00e9conomie des formes de vie, l\u2019\u00e9conomie biocapitaliste. La d\u00e9cision <em>surcritique<\/em> se fonde sur une saisie de la complexit\u00e9, mais aussi sur une rupture : d\u00e9cider veut dire trancher. Inventer de nouvelles armes veut dire d\u2019abord identifier les nouvelles formes de lutte : articuler leurs nouvelles dimensions. Seules ces nouvelles formes nous permettraient d\u2019identifier l\u2019adversaire lorsqu\u2019il ne se reconna\u00eet pas comme tel, lorsqu\u2019il refuse de se l\u00e9gitimer en tant qu\u2019entit\u00e9 politique, se cachant dans la fiction du spectacle mondial post-politique, et ainsi naturalise le statu quo bestial de l\u2019injustice et de l\u2019exploitation. Telle est donc la premi\u00e8re t\u00e2che de l\u2019acte politique <em>surcritique<\/em> : identifier l\u2019adversaire, ce qui revient \u00e0 le politiser. Or une arme critique est une technique subjective dans la mesure o\u00f9 l\u2019acte d\u2019identification pol\u00e9mique d\u00e9clenche la transformation de la sph\u00e8re de la lutte politique. Cette nouvelle lutte est une lutte pour le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc penser la mondialisation aussi comme la possibilit\u00e9 d\u2019un nouveau front de luttes communes, tout comme de l\u2019articulation d\u2019un nouveau bien commun voire d\u2019un nouvel <em>intellect commun<\/em>. <em>Internationaliser<\/em> voudrait dire produire du <em>commun plan<\/em><em>\u00e9<\/em><em>taire<\/em> ; inventer les organes d\u2019un nouveau corps collectif, d\u2019un peuple inimaginable \u00e0 venir. Parlons donc, au-del\u00e0 de l\u2019opposition entre masse populaire b\u00eate et \u00e9lite critique, de <em>multitude<\/em> ou de <em>peuple<\/em> <em>critique<\/em>. La multitude critique est ce qui articule l\u2019<em>imp<\/em><em>\u00e9<\/em><em>ratif<\/em> critique\u00a0: elle est appel\u00e9e \u00e0 lutter pour la lib\u00e9ration des \u00ab\u00a0peuples\u00a0\u00bb de la masse bestiale fantasmatique, servant les r\u00e9gimes oligarchiques du biocapitalisme contemporain. La lutte pour le commun est une lutte <em>pour<\/em> le peuple \u2013 pour un peuple qui n\u2019est pas ici, qui manque essentiellement, mais qui appara\u00eet avec l\u2019action pol\u00e9mique de chacun de nous. Seule la crise immanente du sujet peut d\u00e9clencher une op\u00e9ration <em>surcritique<\/em> comme processus du devenir du nouveau sujet-monde. Le peuple, le sujet politique universel, n\u2019est pas donn\u00e9. Il reste toujours \u00e0 faire. Comme Deleuze l\u2019a su parfaitement, le peuple est \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le peuple est, il est \u00e0 venir. Or il vient. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\"><sup>[i]<\/sup><\/a> <em>R<\/em><em>\u00e9<\/em><em>sultats<\/em>, 1865, in <em>\u0152<\/em><em>uvres<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab&nbsp;Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb, vol. II, 1968, p. 443. Cf. aussi&nbsp;l\u2019affirmation suivante : \u00ab&nbsp;La production capitaliste d\u00e9veloppe d\u2019abord en grand \u2013 en les arrachant au travailleur individuel et ind\u00e9pendant \u2013 les conditions objectives aussi bien que subjectives du processus du travail, mais elle les d\u00e9veloppe comme des puissances qui dominent le travailleur individuel et lui sont \u00e9trang\u00e8res.&nbsp;\u00bb (<em>Th<\/em><em>\u00e9<\/em><em>ories<\/em>, 1862-1863, <em>Werke<\/em>, XXVI, t. I, Berlin, Dietz Verlag, 1957-1968, p. 368).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">[ii]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\"><sup>[iii]<\/sup><\/a> Cf. par ex. Boyan Manchev, <em>Le corps-m\u00e9tamorphose<\/em>, Sofia, Altera, 2007. Je me permets de renvoyer \u00e9galement \u00e0 un article paru r\u00e9cemment dans <em>Lignes<\/em> : Boyan Manchev, \u201cPerformance politique, politique de la performance\u201d, in <em>Lignes<\/em>, 55 : <em>Fini, c\u2019est fini, \u00e7a va finir\u2026 Abstentionnisme, populisme, d\u00e9gagisme, marchisme<\/em>, num\u00e9ro con\u00e7u et dirig\u00e9 par Michel Surya, f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\"><sup>[iv]<\/sup><\/a> Selonune des d\u00e9finitions parmi les plus marquantes de la notion de biopolitique, celle de Paolo Virno, d\u00e9velopp\u00e9edans <em>Grammaire de la multitude<\/em>&nbsp;: \u00ab La force de travail incarne (litt\u00e9ralement) une cat\u00e9gorie fondamentale de la pens\u00e9e philosophique&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire la puissance, la <em>dynamis<\/em>. (\u2026) La \u00ab&nbsp;vie&nbsp;\u00bb, le <em>bios<\/em> pur et simple, acquiert une importance sp\u00e9cifique en tant que tabernacle de la <em>dynamis<\/em>, de la puissance pure. La vie de l\u2019ouvrier, son corps, int\u00e9resse le capitaliste seulement pour une raison indirecte&nbsp;: ce corps, cette vie repr\u00e9sentent ce qui contient la facult\u00e9, la puissance, la <em>dynamis.<\/em> (\u2026) La vie se place au centre de la politique alors que la mise en jeu, c\u2019est la force de travail immat\u00e9rielle (et en soi non pr\u00e9sente). Pour cette raison, et seulement pour cette raison, il est permis de parler de \u00ab&nbsp;biopolitique&nbsp;\u00bb. (\u2026) [L]a biopolitique n\u2019est qu\u2019un effet, un reflet, ou justement une articulation, de ce fait primordial \u2013 \u00e0 la fois historique et philosophique \u2013 qui consiste en l\u2019achat et la vente de la puissance en tant que puissance.&nbsp;\u00bb (Paolo Virno, <em>Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vie contemporaines<\/em>, Editions de l\u2019Eclat &amp; Conjonctures, N\u00efmes\/Montr\u00e9al, 2002, p.&nbsp;91-94).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\"><sup>[v]<\/sup><\/a> Boyan Manchev, <em>Logique du politique<\/em>, Sofia, Iztok-Zapad, 2012 ; Boyan Manchev, <em>Persister. La libert<\/em><em>\u00e9 <\/em><em>sauvage et la nature <\/em><em>\u00e0 <\/em><em>venir<\/em>, Paris, \u00c9ditions Dehors, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\"><sup>[vi]<\/sup><\/a> Michael Hardt, \u201cThe Common in Communism\u201d, in <em>Rethinking Marxism<\/em>, vol. 22 \/ 3, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref7\" id=\"_edn7\"><sup>[vii]<\/sup><\/a> Le prototype de ce discours pourrait \u00eatre d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 chez Marx lui-m\u00eame, dans sa lettre \u00e0 Vera Zassoulitch du 8 mars 1881, commentant le \u00ab&nbsp;mir&nbsp;\u00bb russe, en ouvrant une possibilit\u00e9 de projection r\u00e9tro-utopique sur les visions de l\u2019avenir communiste.<strong> <\/strong>Dans un des brouillons de cette lettre Marx \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une autre circonstance favorable \u00e0 la conservation de la commune russe (par la voie de d\u00e9veloppement), c\u2019est qu\u2019elle est non seulement la contemporaine de la production capitaliste, mais qu\u2019elle a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ce syst\u00e8me social se pr\u00e9sentait encore intact, qu\u2019elle le trouve au contraire, dans l\u2019Europe occidentale aussi bien que dans les \u00c9tats-Unis, en lutte et avec la science, et avec les masses populaires, et avec les forces productives m\u00eames qu\u2019il engendre. Elle le trouve en un mot dans une crise qui ne finira que par son \u00e9limination, par un retour des soci\u00e9t\u00e9s modernes au type \u00ab archa\u00efque \u00bb de la propri\u00e9t\u00e9 commune (\u2026) Donc il ne faut pas trop se laisser effrayer par le mot \u00ab archa\u00efque \u00bb. (\u2026) On pr\u00e9tend qu\u2019elle [<em>la<\/em> <em>commune<\/em>] se meurt d\u2019une mort naturelle et qu\u2019on fera bonne besogne en abr\u00e9geant son agonie. Ici il ne s\u2019agit plus d\u2019un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre ; il s\u2019agit tout simplement d\u2019un ennemi \u00e0 battre. Pour sauver la commune russe, il faut une R\u00e9volution russe.&nbsp;\u00bb (R\u00e9dig\u00e9 par Karl Marx en fran\u00e7ais fin f\u00e9vrier-d\u00e9but mars 1881. Publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans <em>Archives Marx et Engels<\/em>, Livre Ier, 1924).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref8\" id=\"_edn8\"><sup>[viii]<\/sup><\/a> Jean-Christophe Bailly, \u00ab&nbsp;Vers quoi s\u2019est-on tendu ? Vers quoi se tendre encore ? \u00bb, in <em>Lignes<\/em> 55, op. cit., p. 19- 20.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(In Revue Lignes n\u00b061, \u00abPour un nouvel internationalisme \u00bb, Paris,&#8230;  <a class=\"excerpt-read-more\" href=\"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/etudes\/critique\/la-betise-de-la-foule-ou-le-peuple-a-venir\/\" title=\"Read La b\u00eatise de la foule ou le peuple \u00e0 venir\">Read more &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"chat","meta":[],"categories":[239,194],"tags":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3847"}],"collection":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3847"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3847\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3872,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3847\/revisions\/3872"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3847"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3847"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/boyanmanchev.net\/bmtest07052022\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3847"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}